«Vague d’effroi»: voyage au bout de l’hiver

Vague d’effroi témoigne de la vie des sans-abri compliquée par la saison froide.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Vague d’effroi témoigne de la vie des sans-abri compliquée par la saison froide.


On se rend moins compte de la particularité d’une ville comme Montréal quand on y vit tous les jours. C’est encore plus évident quand on pense à Montréal l’hiver : le froid, la neige, les tempêtes à répétition et la poudrerie sifflant aux coins des rues… Il faut presque l’oeil d’un observateur extérieur pour se rendre compte de l’unicité de tout cela. Surtout quand on y rajoute les misérables forteresses de carton des sans-abri couchés près des rares sources de chaleur.

Voici un livre étonnant qui raconte la beauté, la poésie et l’effroyable dureté de l’hiver montréalais que traverse difficilement la cohorte fantomatique des itinérants. Et il aura fallu la voix unique d’un Irlandais né à Cork et vivant ici pour nous en faire saisir le relief si particulier.

Soulagement permanent

Même si Peter Kirby s’est vu décerner le prix Arthur-Ellis en 2016 pour Open Season, son nom est peu connu. On sait qu’il a fait des études à McGill, qu’il travaille dans un célèbre bureau d’avocats montréalais et qu’il est spécialiste du droit international. Rien qui laisse deviner qu’il peut décrire aussi bien le ballet des souffleuses et des camions de déneigement dans les grandes artères du centre-ville…

Son histoire s’amorce autour de la période des Fêtes, alors qu’on se met à trouver, dans le métro ou près des bouches de chaleur du centre-ville, les cadavres de plusieurs sans-abri. Rapidement, on découvre qu’ils ont tous été empoisonnés au cyanure de potassium, et l’inspecteur-chef Luc Vanier est chargé de l’enquête. Il suivra d’abord la piste des refuges où mangent et dorment parfois les itinérants quand la pression de l’hiver se fait trop forte ; au chevet de ces miséreux, une armée de bénévoles tente de diminuer leur souffrance. Un de ceux-là semble même avoir décidé d’y mettre littéralement fin ; à jamais.

Dans ce petit milieu fermé, l’équipe de Vanier trouvera plein de profiteurs et de magouilles en tous genres, comme si la vie des sans-abri n’était pas déjà difficile ; peu à peu, les indices s’accumulent et malgré les embûches, il parviendra à mettre la main sur les coupables. Avec ses vulnérabilités, le personnage de l’inspecteur Vanier est fort crédible, de même que tous les gens qui l’entourent et qui ne sont pas là seulement pour donner la réplique. On espère le revoir puisque c’est lui qui mène aussi l’enquête dans Open Season… qui n’a toujours pas été traduit.

La grande surprise toutefois vient de la qualité de l’écriture de Peter Kirby — rendue de façon exceptionnelle par sa traductrice. On sera frappé par le caractère incisif, précis et profondément original de l’auteur, qui se permet de fouiller ce sujet difficile en l’abordant vraiment de front, sans compromis. Avec les premières neiges qui s’installent, c’est le moment idéal pour plonger dans cette histoire qui ne pourra que vous surprendre.

Vivement la suite !

Vague d’effroi

★★★ 1/2

Peter Kirby, traduit de l’anglais par Rachel Martinez, Éditions Linda Leith, Montréal, 2017, 310 pages