Dominique Boisvert appelle à la non-violence pour éradiquer le terrorisme

À la suite d’attentats terroristes, les gouvernements renforcent leur sécurité nationale en augmentant la présence des forces armées. 
Photo: Spencer Platt Getty images Agence France-Presse À la suite d’attentats terroristes, les gouvernements renforcent leur sécurité nationale en augmentant la présence des forces armées. 

De Paris, à Londres, en passant par Barcelone ou encore New York, policiers et militaires armés font désormais partie du paysage. Ciblés par des attaques terroristes à répétition, les pays occidentaux ont renforcé leur sécurité nationale en augmentant la présence des forces armées dans les rues. Des mesures d’urgence qui ne donnent que peu de résultats pour contrer le terrorisme, estime l’auteur Dominique Boisvert.

« Les gens ont besoin de voir que les gouvernements font quelque chose, car ils ont besoin de se sentir en sécurité. Mais est-ce que la présence militaire aide vraiment à lutter contre le terrorisme ? Non ! », affirme l’auteur du livre Nonviolence. Une arme urgente et efficace, qui a gagné les librairies québécoises ce mois-ci.

À travers les 120 pages de son essai, Dominique Boisvert veut convaincre les lecteurs, avec exemples et études à l’appui, que la non-violence est plus efficace pour contrer les conflits du 21e siècle : guerres, terrorisme, migrations internationales, crises économiques ou même changements climatiques.

« Pour tout le monde, ça va de soi que le terrorisme se combat par la guerre, les mesures d’exception et l’augmentation des budgets militaires, mais c’est faux ! », lance l’auteur rencontré par Le Devoir autour d’un café, à Montréal.

Le terrorisme étant « l’arme des pauvres », de ceux qui n’ont que peu de moyens à disposition — la multiplication des attentats au véhicule bélier en témoigne —, l’artillerie lourde des forces armées est « totalement inutile », selon lui.

« Un policier armé est-il utile devant un colis piégé ou un camion fou ? Non ! », dit-il, estimant que la vigilance des citoyens qui peuvent signaler un colis suspect ou dénoncer un proche aux propos ou comportements radicalisés sont des gestes bien plus concluants. Établir des sociétés plus justes et effacer les inégalités empêcherait d’exacerber les conflits, d’après lui.

S’appuyant sur l’étude américaine, Why Civil Resistance Works, publiée en 2011, il rappelle qu’en moyenne, « une lutte non-violente [a] deux fois plus de chance d’atteindre ses objectifs, en tout ou en partie, qu’une lutte violente ». Le succès des actions non-violentes s’établissant à 50 % contre seulement 25 % pour les luttes violentes.

Mais il constate, à regret, que la non-violence a mauvaise presse, perçue comme « une attitude de passivité, de faiblesse, de peur, de démission, voire de lâcheté », contrairement à la force militaire qui témoigne courage et héroïsme. « Pourtant, c’est aussi difficile et courageux de mener des combats à mains nues », ajoute M. Boisvert.

Les gens ont besoin de voir que les gouvernements font quelque chose, car ils ont besoin de se sentir en sécurité. Mais est-ce que la présence militaire aide vraiment à lutter contre le terrorisme ? Non !

 

Un État sans armée

À son avis, les sociétés devraient plutôt remplacer leurs armées par de simples « forces de sécurité » aux attitudes non-violentes. Un changement déjà adopté par une trentaine d’États dans le monde, dont le Costa Rica, l’Islande, ou encore le Panama.

« Imaginez ce que l’on pourrait faire, pour lutter contre la faim, la maladie ou l’analphabétisme dans le monde, avec une simple fraction de ces dépenses annuelles inutiles [englouties dans les confits violents] ? », questionne-t-il.

Nonviolence. Une arme urgente et efficace

Dominique Boisvert, Écosociété, Montréal, 2017, 120 pages

1 commentaire
  • Benoit Lafleur - Abonné 28 décembre 2017 05 h 52

    Argumentation simpliste et réducteur

    L'ensemble des outils à la disposition de l'État (et aussi de la société civile en moindre mesure) doivent être utilisés de concert - ici et à l'étranger - afin de lutter efficacement contre les mots que sont les "guerres, terrorisme, migrations internationales, crises économiques ou même changements climatiques". Ces maux dépassent les frontières et constituent des enjeux internationaux complexes nécessitant une approche globale et concertée entre multiples acteurs. Le secteur de la sécurité (Armée et police) fait partie de cette approche globale.

    Dans le contexte très particulier canadien, c'est bien important de faire distinction entre les efforts mener à l'intérieur du pays et ceux à l'étranger. Au Canada, nous bénéficions d'un climat de paix. Dans ce contexte, il est tout à fait normal que les forces armées soient plus effacées de l'espace publique que disons, un pays ou les groupes criminelles et groupes armés divers constituent une menace persistante. Il ne faut pas prendre pour acquis cet environnement pacifique et surtout pas l'extrapoler dans les zones les plus à risques des menaces mentionnées ci-dessus.

    Nous avons le luxe d'utiliser nos forces armées comme outils de politique étrangère pour contribuer à lutter contre ces maux à l'étranger. On peut voir ceci comme une responsabilité en tant que pays riche bénéficiant d'un climat de paix et doté de ressources militaires professionnelles. Cet outil est non seulement efficace, il est essentiel dans de nombreux théâtres d'opérations. Une mission d'aide humanitaire ne peut tout simplement pas œuvrer sans la couverture de sécurité qu'apporte la présence militaire à l'étranger. Lorsque les activités économiques vitales et de bases pour une société sont perturbées par des violences récurrentes, les dispositifs de sécurités peuvent définitivement apporter une réponse très efficace pour sécuriser ces populations et neutraliser l'expression la plus violentes des perturbations.