L’oeuvre de Jane Austen en quelques tableaux

Les sœurs Elinor et Marianne Dashwood
Photo: Albin Michel Les sœurs Elinor et Marianne Dashwood

 
Amoureuse de la vie, portée par un désir de dépeindre les caractères et les sentiments, les joies et les peines du coeur, le tout dans un style réaliste et ironique, Jane Austen a su marquer la littérature anglo-saxonne du XIXe siècle. Deux cents ans après la mort de l’auteure de Raison et sentiments, la peintre et illustratrice Nathalie Novi et l’auteur Fabrice Colin unissent leur passion pour l’oeuvre austenienne dans un album atypique intitulé Le musée imaginaire de Jane Austen.

Situé à Pemberley, domaine imaginé par Austen dans Orgueil et préjugés — peut-être inspiré de Chatsworth House, château anglais du XVIe —, un musée grandiose ouvre ses portes et invite les gens de partout, de toutes les époques, à (re)découvrir l’auteure, qui s’offre à eux en mots et en images.

Photo: Albin Michel Deux jeunes Kyotoïtes visitant le musée imaginaire

L’album s’ouvre comme on entre dans un musée. Une foule s’agglutine dans le hall, semble murmurer son excitation à l’idée de franchir la première porte et d’entrer dans le monde d’Austen. Tout au long du trajet, les visiteurs sont guidés par Élizabeth, héroïne du roman Orgueil et préjugés, qui serait, « de tous les personnages de Jane Austen, celui qui lui ressemble le plus », raconte Fabrice Colin.

Le musée contient six salles, chacune destinée à mettre en lumière les romans de l’écrivaine depuis Orgueil et préjugés jusqu’à Persuasion, chacune évoquant le propos principal de l’oeuvre et dépeignant les personnages porteurs. C’est un jeu incessant entre fiction et réalité, une porosité des frontières entre la vie de l’écrivaine et celle de ses personnages, qui fait de cet album un ouvrage si singulier.

Peindre l’univers d’Austen

Ardente lectrice de la romancière anglaise, la peintre Nathalie Novi (Bonnes nouvelles du monde) rêvait de produire cet album comme pour rendre hommage à Austen. Elle voulait depuis longtemps « dessiner l’attente, celle des bras croisés, des mains tendues. Colorer les silences. Effleurer d’une caresse de plume et d’encre la vibration des coeurs affolés. Inviter chacun, chacune à franchir l’eau des miroirs, comme on tourne la page d’un roman adoré… », raconte-t-elle à la fin de l’ouvrage. Grâce à un trait romantique, offrant des tableaux lumineux, créant des atmosphères chargées d’émotion, Novi nous transporte dans l’univers de l’écrivaine avec raffinement, délicatesse et respect.

Pour Fabrice Colin, auteur polyvalent, d’abord connu pour ses oeuvres de science-fiction, Austen incarne, écrit-il, « l’une des expressions les plus pures de l’intelligence littéraire ». Ainsi, c’est à coup de phrases poétiques, empreintes d’une douce langueur, qu’il détaille chacun des personnages et expose les grands thèmes chers à l’écrivaine.

Mais l’auteure d’Emma n’a pas toujours fait l’unanimité. Que l’on pense à Mark Twain qui la détestait « positivement », apprend-on dans une page en annexe de l’ouvrage consacrée à quelques faits méconnus entourant l’oeuvre. Il dira d’ailleurs qu’« une bibliothèque ne contenant aucune de ses oeuvres est une bonne bibliothèque ». La beauté, la richesse et l’authenticité de cet album auront toutefois, et sans doute, tendance à le faire mentir.

Le musée imaginaire de Jane Austen

★★★★

Fabrice Colin et Nathalie Novi, Albin Michel jeunesse,Paris, 2017, 144 pages.