«Paroles de lapin» — Personnalités mises à nu

Le milliardaire Donald Trump a fait part en entrevue de sa fascination pour le régime répressif de Deng Xiaoping, qui, quelques mois plus tôt, a maté la révolte étudiante à la place Tiananmen en Chine.
Photo: Éditions du sous-sol Le milliardaire Donald Trump a fait part en entrevue de sa fascination pour le régime répressif de Deng Xiaoping, qui, quelques mois plus tôt, a maté la révolte étudiante à la place Tiananmen en Chine.

Pour savoir où il va, il faut peut-être replonger dans ce qu’il a dit en mars 1990 dans les pages du magazine Playboy, haut lieu du galbe fessier et du sein siliconé exposés sur des doubles pages.

Pour se donner bonne conscience, l’endroit livrait dans ses belles années de grandes entrevues avec des personnalités fortes de son temps. Le milliardaire Donald Trump y est passé pour y partager sa fascination pour le régime répressif de Deng Xiaoping, qui, quelques mois plus tôt, a maté la révolte étudiante à la place Tiananmen en Chine.

« Quand les étudiants sont arrivés en masse sur la place […], le gouvernement chinois a failli se laisser déborder. Ensuite, ils ont été ignobles, horribles, mais ils ont réprimé les manifs avec force. Ça vous montre le pouvoir de la force. Notre pays, en ce moment, est perçu comme un pays faible… et le reste du monde lui crache dessus… »

Twitter n’existait pas, mais Trump avait trouvé dans cette rencontre — une des vingt composant ce retour en arrière dans l’espace éditorial balisé par Hugh Hefner — le cadre idéal pour être lui-même et dire n’importe quoi, sur son égo, sa fortune ou encore sur Jimmy Carter et « certains de nos présidents [qui] étaient d’incroyables bouffons », dit-il. Qui parle, comme dirait l’autre ?

Relire Trump, 25 ans plus tard, permet de voir qu’il n’a pas changé. Mais ces grandes entrevues sont aussi l’occasion d’appréhender les changements sociaux qui se sont opérés dans les 50 dernières années. Marcello Mastroianni, rencontré en 1960 par Playboy, le prouve en disant : « Le matriarcat a fait des femmes des monstres asexués [qui s’entassent] sur des divans psychiatriques ». À la fin du livre, Roman Polanski lui fait écho en demandant à son interlocuteur d’admettre que « la plupart des femmes qu’on croise n’ont pas vraiment inventé la poudre ». Autre temps…

Tout ça pourrait donner envie de pleurer, mais heureusement, dans ce florilège de points de vue pour hommes en quête de courbes plus que de sens, Stanley Kubrick, Patricia Hearst, Joyce Carol Oates, Paul Simon, Tim Burton ou encore Salman Rushdie sont là, pour parfois surprendre et quelques fois faire sourire, comme Jack Nicholson qui rappelle ce proverbe chinois : « Un homme ne peut pas tomber amoureux s’il est mort. » Pas de doute : Playboy a bien été un magazine divertissant !

Paroles de lapin. Les grands entretiens du magazine Playboy

★★★

Éditions du sous-sol, Paris, 2017, 260 pages