Le monde sous tous ses angles

Il y a 3,8 milliards d’années, la vie sur terre se résumait à des tonnes de bactéries déterminées à construire des choses bien plus grandes.
Photo: Seuil Jeunesse Il y a 3,8 milliards d’années, la vie sur terre se résumait à des tonnes de bactéries déterminées à construire des choses bien plus grandes.

Avant la vie, il y avait le vide, le néant. Puis, plusieurs années plus tard, « boum, il y a eu le plein ! Plein de gaz et de poussières. Des planètes par-ci par-là. Il y avait aussi de l’électricité dans l’air ».

C’est avec ces mots qu’Henri Meunier et Vincent Bergier nous transportent Au commencement de la vie sur Terre. Il y a 13 milliards d’années était le vide. S’ouvrant sur une double page complètement blanche, cet ouvrage illustré cherche à montrer l’origine du monde autrement.

S’amorce ensuite une présentation dynamique de l’évolution de la vie terrestre. Alternant entre un court texte scientifique relatant les grands bouleversements qui ont façonné notre univers et des dialogues improbables entre les éléments — que sont l’eau, l’air, la terre, le feu — et les différentes formes de vie, le sujet est vulgarisé avec humour et désinvolture.

Le soleil invite ses rayons à darder plus fort, le nuage exprime une « une petite envie de faire pluie-pluie », quant à la première cellule à noyau, l’eucaryote, et ses soeurs, c’est par un « joyeux bazar » dans une piscine pour un party d’anniversaire qu’elles ont fini un milliard d’années plus tard par former « des mousses et puis des plantes, des champignons, des méduses… » donnant forme à la vie sur la Terre.

Au terme de cette aventure, le lecteur découvre que cette grande histoire lui a été racontée du point de vue des fourmis. Devant une classe bondée, le professeur Fourmi, fier et chauvin, poursuit ses explications.

Selon lui, après l’apparition de leur espèce, rien de bien passionnant n’a vu le jour. « De nouvelles bestioles ont montré le bout de leur nez, de-ci, de-là, bien sûr. Toutes sans grand intérêt », dit-il. L’humain en fait partie.

Les illustrations pleine page de Vincent Bergier soutiennent avec finesse cette leçon de vie. Avec un trait réaliste, il s’amuse à ajouter quelques détails ici et là accentuant l’effet humoristique de l’ensemble.

Que ce soit ce reptile portant un cache-oeil ou cette cellule jouant les Monsieur Loyal dans le grand cirque de l’évolution des espèces, toutes les illustrations sont de véritables microcosmes grouillants de vie.

Les différentes perspectives sont aussi explorées dans Dedans dehors, ouvrage sans texte d’Anne-Margot Ramstein et Matthias Aregui. Que l’on regarde devant, dedans, dehors ou au-dessus d’un tableau, d’une scène, en déplaçant le point de vue, c’est aussi le sens que l’on change.

Présentée en grand format, chacune des pages se répond en dévoilant une scène de deux angles différents. Dedans, un poussin dans sa coquille, dehors, une cane postée devant l’oeuf attendant l’éclosion.

Dedans, une fourmilière active, dehors, un tamanoir la langue bien enfouie dans le terrier savourant son déjeuner. Dedans, un salon coloré, personnalisé, dehors une vue aérienne sur la banlieue anonyme, grise et endormie.

La force de cet album réside dans les contrastes et l’effet de surprise que livrent les différents points de vue. Une forteresse enneigée située à flanc de montagne prend un tout autre sens lorsque l’oeil s’éloigne pour la découvrir dans… une boule à neige posée sur une étagère.

L’exercice est esthétique, mais aussi philosophique en témoignant de ces changements d’angle qui invitent à une meilleure compréhension du monde qui nous entoure, qui ouvrent les horizons et qui participent sans doute à un avenir meilleur.

Au commencement / Dedans dehors

★★★★

Henri Meunier et Vincent Bergier, Seuil jeunesse, Paris, 2017, 24 pages / Anne-Margot Ramstein et Matthias Aregui, Albin Michel jeunesse, Paris, 2017, 40 pages