Traversée fantastique vers l’âge adulte

Premier roman de cette nouvelle trilogie, «La belle sauvage» installe confortablement son lecteur dans un monde plus ou moins inédit.
Photo: Gallimard Premier roman de cette nouvelle trilogie, «La belle sauvage» installe confortablement son lecteur dans un monde plus ou moins inédit.

Le dernier-né de Philip Pullman, La trilogie de la poussière, raconte les premiers instants de vie de Lyra, l’héroïne d’À la croisée des mondes, sa toute première série romanesque devenue depuis un phénomène planétaire. L’auteur jeunesse y explore un côté plus sombre de sa plume alors que la mort, le deuil et le viol tapissent la trame lugubre de ce premier tome intitulé La belle sauvage.

La belle sauvage raconte les aventures de Malcom, 11 ans, téméraire fils d’aubergistes et ami fidèle des nonnes, et d’Alice, 16 ans, sa collègue et ennemie jurée. Après moult péripéties, les deux se retrouvent à devoir protéger Lyra, encore tout bébé, des dangers d’une immense inondation, mais aussi des griffes des fées et d’une hyène hideuse — un deamon à trois pattes — toujours accompagnée de son maître, qui se trouve aussi à être le présumé père du bébé.

En vertu d’une ancienne prophétie des sorcières, Malcom a été désigné protecteur d’un trésor à la valeur inestimable. Instinctivement, l’enfant comprend que ce trésor est en fait Lyra, qu’il protégera contre vents et marée, et ce, au péril même de sa vie.

Cet antépisode d’À la croisée des mondes est une histoire qui se suffit à elle-même. Les lecteurs n’auront pas besoin d’avoir lu la première trilogie de Pullman pour l’apprécier. L’écrivain anglais maîtrise parfaitement son univers fantastique, et la multitude de descriptions permet une entrée facile aux lecteurs néophytes. Pour les anciens, en revanche, la redondance d’éléments classiques provenant du premier opus pourrait ralentir le rythme de la lecture.

D’un autre côté, ce dernier roman de Pullman permet aussi un réel approfondissement de ses éléments, puisque l’histoire creuse profondément au sein de leurs origines. Les explications, dans ce cas, permettent surtout l’autosuffisance de l’oeuvre malgré certaines répétitions.

Plus qu’une aventure fantastique, le roman présente en filigrane une véritable quête identitaire. Il est regrettable cependant de constater que l’amitié entre Malcom et Alice ne sort pas du tout du cadre hétéronormatif : il est facile de comprendre la raison derrière la haine mutuelle des deux personnages, puis de deviner comment évoluera cette relation au fil du récit.

De plus, les soins sont donnés par la « femme » du récit, Alice, pendant que Malcom est celui qui prend les commandes : ce récit n’en est pas un d’autonomisation féminine.

Premier roman de cette nouvelle trilogie, La belle sauvage installe confortablement son lecteur dans un monde plus ou moins inédit. Le fait de revenir aux origines d’À la croisée des mondes en y ajoutant un voile funeste est intéressant, mais il est difficile de se laisser réellement surprendre par le récit.

On saluera néanmoins le courage de Pullman, qui explore ici des contrées autrement plus sombres. Il n’y a rien de gratuit dans l’exploration de ces thèmes violents : l’agression sexuelle et la notion de consentement y sont abordées de pair, permettant ainsi au lecteur d’assimiler l’importance du respect des limites d’autrui.

La belle sauvage

★★★

Philip Pullman, Gallimard, Paris, 2017, 530 pages