Catherine Fouron signe un premier roman inspiré de ses nuits sans sommeil

Catherine Fouron ne s’en cache pas : pour continuer d’alimenter son blogue pendant huit ans, elle a aussi cultivé son trouble du sommeil.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Catherine Fouron ne s’en cache pas : pour continuer d’alimenter son blogue pendant huit ans, elle a aussi cultivé son trouble du sommeil.

Si les insomniaques s’amusent, ils écrivent aussi. Et l’insomnie a été pour Catherine Fouron une condition qui a libéré sa prose pendant ses innombrables nuits blanches, jusqu’à ce qu’un peu malgré elle l’aventure la conduise à publier un roman — son premier —, en librairie depuis le 14 novembre.

À travers les quelque 300 pages de son Journal d’une insomniaque, l’auteure fait dialoguer une femme « sans visage » avec le hamster dans sa tête, comme le veut l’expression consacrée. Guy — c’est ainsi qu’elle le surnomme — trouble son sommeil avec ses mille et une questions existentielles, un peu à la manière d’un parent intérieur ou encore d’un « surmoi » culpabilisant, pour emprunter à la théorie freudienne.

L’aventure de ce roman débute en 2010 lorsque Catherine Fouron publie sur un blogue ses premiers textes de fiction, écrits à la faveur des nuits blanches qui se multiplient. La quarantaine, les enfants, le divorce avec son premier mari : c’est un véritable « tourbillon » qui l’aspire en lui arrachant le peu de repos qui lui reste. Un carburant pour son hamster… et son imagination.

« Ç’a été une année où j’ai passé beaucoup de temps seule avec cette tristesse, confie-t-elle en entrevue avec Le Devoir dans un café du quartier Côte-des-Neiges, à Montréal. Je me souviens très bien qu’un après-midi, je me suis dit : “Bon, là je ne vais pas rester à rien faire dans ma chambre, je vais créer un blogue et je vais publier mes billets. Ça va m’occuper.”»

Catherine Fouron a donc, de son propre aveu, tiré profit de cet invité indésirable pour commencer à écrire, échafaudant ce personnage que l’on retrouve dans le Journal d’une insomniaque.

Si l’auteure a puisé dans son imagination pour tirer les traits de cette femme « sans attaches », elle concède que, sur le fond, ce livre — à l’instar du blogue — s’inspire de ses propres expériences. « J’ai tricoté un univers autour de mon histoire. Je n’ai pas vécu toutes ces nuits de fantasme. C’est une extrapolation de mes propres réflexions dans un univers nocturne un peu désinhibé », prend-elle le soin de préciser, un sourire dans la voix.

Source d’inspiration

Catherine Fouron ne s’en cache pas : pour continuer d’alimenter son blogue pendant huit ans, elle a aussi cultivé son trouble du sommeil. Est-ce à dire que, si l’insomnie ne s’était pas un jour invitée dans sa chambre à coucher, il n’y aurait pas eu de blogue ? Non seulement cela, mais encore moins un roman, confirme-t-elle derrière sa tasse encore brûlante.

« C’est à ce point pernicieux que, pendant huit ans, je suis restée insomniaque, dit-elle. Je traîne dans mon portefeuille une référence pour aller consulter dans une clinique du sommeil et je n’ai jamais voulu y aller parce que, si je faisais ça, c’est comme si je tuais mon inspiration. »

Ainsi, la jeune femme alimente son blogue de sa poésie nocturne pendant quelques années. L’idée d’en faire un roman lui traverse certes l’esprit, mais elle avoue que le « courage de faire la démarche auprès d’un éditeur » lui a fait défaut pendant longtemps. « J’y rêvais un peu comme on rêve à quelque chose d’inaccessible. » Du moins, jusqu’à tout récemment.

Il aura fallu l’appel de Marie-Chantal Gariépy, amie, fidèle lectrice du blogue et directrice littéraire chez Tête première, pour qu’elle embrasse le projet ; un projet que Catherine Fouron a mené pendant un an et demi, jonglant avec l’écriture, le travail à temps plein et les enfants en garde partagée.

Source de guérison

Pour écrire ce roman, l’auteure a « débroussaillé » des billets glanés sur son blogue, en a ajouté de nouveaux, en plus de saupoudrer ici et là de courtes descriptions pour composer une trame narrative.

Je me souviens très bien qu’un après-midi, je me suis dit: “Bon, là je ne vais pas rester à rien faire dans ma chambre, je vais créer un blogue et je vais publier mes billets. Ça va m’occuper”

Mais n’est-il pas éprouvant de replonger dans ces épisodes difficiles du passé ? « Non, s’empresse-t-elle de répondre. Ça m’a permis de vraiment constater le chemin parcouru. » « Le blogue a été écrit davantage dans des moments de tristesse, de culpabilité. Là, j’étais dans un état d’esprit beaucoup plus serein. J’avais vraiment l’impression de parler au nom d’un personnage. Et maintenant, je dors ! »

Guy lui fiche désormais la paix — ou presque —, mais n’allez pas croire qu’elle remisera papier et crayon pour autant. Si le sommeil est revenu, la volonté d’écrire, elle, ne s’est pas évanouie. « L’histoire de l’insomniaque se boucle avec ce roman. Ça va être autre chose, mais c’est sûr que je vais continuer d’écrire. Ça va sortir de mon imagination, frais et dispo, puisque je serai reposée ! », lance-t-elle dans un éclat de rire.

Pour l’instant, elle flirte avec l’idée d’écrire sur la mort, un sujet qui lui permettrait de « libérer des choses ». Roman, essai ? La forme n’est pas encore fixée, mais, n’en déplaise aux internautes, c’en est terminé du blogue. « C’est out ! »

Journal d’une insomniaque

Catherine Fouron, Éditions Tête première, Montréal, 2017, 316 pages

3 commentaires
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 28 novembre 2017 09 h 00

    Belle photo

    Bravo !

    • Pedro Ruiz - Abonné 28 novembre 2017 17 h 45

      Merci Sylvio!

  • Yvon Bureau - Abonné 28 novembre 2017 11 h 06

    Ecrire sur la mort? Mieux,

    écrire sur la fin de la vie, sur la finitude de tout et de tous, sur le comment mourir debout, dignement, librement, sereinement, généreusement, en gratitude, en ouverture ...

    La mort, ce n'est pas un échec. Le seul échec, c'est de ne pas être vivant pendant que l'on est en vie. Bernie Siegel.

    MERCI Catherine d'être vivante, d'écrire, de dire, de montrer.