Susan Sontag, Béatrice Mousli

En février 1986, Rhoda Koenig dépeint Susan Sontag dans les pages du New York Magazine comme « une diva des lettres, maîtresse de cérémonie et arbitre des élégances littéraires », relate Béatrice Mousli dans cette biographie majeure de cette femme de lettres et militante américaine. Une intellectuelle qui, pour la journaliste au regard caustique, se prend un peu trop au sérieux, particulièrement lors du congrès de PEN international en Slovénie, prétexte à ce portrait caricatural de l’auteure de Contre l’interprétation, d’En Amérique, mais surtout de Notes on Camp qui, en 1964, a assis sa notoriété d’«omniprésente intellectuelle de l’université de Columbia, invitée des plateaux de télé », écrivait le Time Magazine à l’époque, et donné le ton d’une vie et d’un engagement qui lui ont valu l’admiration des uns et le mépris de quelques autres.

Ces notes, publiées dans la Partisan Review, ont affirmé le rôle de témoin, d’observatrice et surtout de commentatrice des transformations culturelles et sociales joué pendant plus d’un demi-siècle par Susan Sontag qui, en partant en 2004 à l’âge de 71 ans, a laissé derrière elle une oeuvre dense, protéiforme, « à la postérité inégale », rappelle sa biographe, tout en remontant le fil de cette pensée et de cette curiosité qui, avec la distance, conserve toujours son caractère exemplaire.

« Je suis une nomade qui se plaît dans la découverte des choses, dans les rencontres, les échanges », disait Susan Sontag, romancière, essayiste, cinéaste, qui a côtoyé Andy Warhol, Emil Cioran, encensé Oscar Wilde et Jean Cocteau, et d’autres qui l’ont aidée à mieux circonscrire la signification de son présent.

Cette biographie de Susan Sontag est, après Mort d’une inconsolée signé en 2008 par son fils David Rieff, le premier retour en français sur la vie et l’oeuvre de la controversée penseuse francophile, retour qui s’appuie sur les archives qu’elle a léguées à l’Université de Californie de Los Angeles (UCLA). Elle vise aussi à honorer, avec la hauteur qui lui revient, la mémoire de cette philosophe dont la mort, le 28 décembre 2004, est tombée dans la colonne des événements mineurs, à cause du tsunami qui a frappé ce jour-là les côtes de l’Indonésie, de la Thaïlande, de l’Inde et du Sri Lanka, expose Béatrice Mousli en introduction.

Susan Sontag

★★★★

Béatrice Mousli, Flammarion, Paris, 2017, 610 pages