«L’autre 150e», un patchwork souverainiste de circonstance

L’ouvrage n’en finit pas de s’en prendre aux promoteurs du régime d’hier à aujourd’hui. C’est politiquement de bonne guerre.
Photo: Getty Images L’ouvrage n’en finit pas de s’en prendre aux promoteurs du régime d’hier à aujourd’hui. C’est politiquement de bonne guerre.

La Confédération est la seconde étape sur la route de l’“anglification” tracée par lord Durham. Il faut user de l’influence qui nous reste pour demander et obtenir un gouvernement libre et séparé. » Lors du 150e anniversaire de la Confédération, on s’est gardé de souligner ces mots publiés peu avant que Londres ne décrète le régime en 1867. Ils sont de Wilfrid Laurier avant qu’il ne change d’idée et ne devienne premier ministre du Canada…
 

Cette déclaration en faveur de l’indépendance du Canada-Est, qui, bientôt confédéré, s’appellera le Québec, reflétait le sentiment des libéraux canadiens-français s’opposant aux conservateurs de même langue, guidés par George-Étienne Cartier et, à son exemple, partisans de la Confédération. Sous la direction de Michel Sarra-Bournet et Gilles Laporte, L’autre 150e. L’histoire derrière l’anniversaire met en évidence la citation de Laurier parmi les 150 résumés d’une page pour exposer les torts de la Confédération.

Il s’agit d’arguments souvent convaincants, comme la pendaison de Louis Riel en 1885 favorisée par un gouvernement canadien hostile à l’Amérique métisse, parfois faibles, telles les irrégularités de la première élection fédérale à la place de l’aliénation de l’électorat. S’y trouvent de bons coups indéniables, comme notre loi 101, mêlés à des autosatisfactions un peu gênantes, telle notre nationalisation de l’électricité en 1963, sans préciser qu’elle se fit 56 ans après celle de l’Ontario.

Préfacé par Jean-François Lisée, chef du Parti québécois, et bénéficiant de l’apport de plus de 60 personnes consultées çà et là, experts que l’on énumère à la fin, le recueil de très brefs textes non signés mais dotés chacun de références bibliographiques, pourrait, de prime abord, faire penser à un patchwork souverainiste de circonstance.

Les historiens Sarra-Bournet et Laporte ont réussi à donner de la cohésion à l’ensemble, si bien que les festivités fédéralistes paraissent superficielles en comparaison.

La Confédération est la seconde étape sur la route de l’“anglification” tracée par lord Durham. Il faut user de l’influence qui nous reste pour demander et obtenir un gouvernement libre et séparé.

La leçon donnée par le livre est limpide. On ne soulignera jamais assez le caractère antidémocratique de la Confédération, concoctée en Amérique du Nord britannique, sans consultation populaire, par une élite de politiciens, surtout anglo-saxonne, conservatrice et affairiste, et officialisée par une loi impériale adoptée par le Parlement de Londres. L’idée d’un pacte entre deux nations, le Canada français et le Canada anglais, n’a existé qu’au Québec et tient de l’illusion.

L’ouvrage n’en finit pas de s’en prendre aux promoteurs du régime d’hier à aujourd’hui. C’est politiquement de bonne guerre.

Mais il aurait fallu aussi traiter d’un sujet plus difficile, plus embarrassant, psychologique : l’impuissance des Québécois, qui n’ont pas réussi à s’affranchir d’un système jugé dominateur. Sans autocritique, la liberté existe-t-elle ?

« Le Québec n’a pas adhéré au Canada de 1867 dans “l’honneur et l’enthousiasme”. Les Rouges — les libéraux de l’époque — étaient farouchement opposés à l’Acte de l’Amérique du Nord britannique. » Extrait de «L’autre 150e»

L’autre 150e. L’histoire derrière l’anniversaire

★★★

Sous la direction de Michel Sarra-Bournet et Gilles Laporte, Québec Amérique, Montréal, 2017, 344 pages

2 commentaires
  • Claude Bariteau - Abonné 25 novembre 2017 04 h 51

    Finale bizarre

    Vous écrivez qu'il « aurait fallu aussi traiter d’un sujet plus difficile, plus embarrassant, psychologique : l’impuissance des Québécois, qui n’ont pas réussi à s’affranchir d’un système jugé dominateur ».

    En vous lisant, quatre facteurs me sont apparus manquants.

    1 : l’écrasement du mouvement patriote en 1837 suivi de la création du Canada-Uni, qui réassujettit politiquement les habitants du Bas-Canada associés contre les représentants britanniques et ayant cherché à allier les Amérindiens à leur projet.

    2 : le contrôle des âmes par l’Église catholique institué par l’Acte de Québec, valorisé au Bas-Canada par la Clique du château, renforcé sous le Canada-Uni avec le contrôle de l’éducation sous l’emprise de Mgr Bourget et du milieu d’affaires, puis consacré en 1874 jusqu’en 1960.

    3 : le contrôle militaire par la Grande-Bretagne de 1760 à 1871, puis le Canada qui s’exprime avec l’affaire Riel, le recrutement forcé de soldats et le déploiement militaire en 1970.

    4 : le contrôle des communications avec l’emprisonnement du député Bédard en 1810, la lutte de Mgr Plessis contre les diffuseurs d’idées des années 1850, la mainmise sur les communications lors de la création du Dominion of Canada puis du Canada avec sa construction nationale enclenchée après la Deuxième Guerre mondiale.

    La conséquence de ces facteurs fut l’enfermement des habitants du territoire « Québec » dans les lectures ethnoculturelles des dirigeants britanniques et de leurs associés locaux rémunérés en conséquence pour refonder l’ordre britannique par la création du Dominion of Canada afin d’éviter une charge militaire des États-Unis sur la Grande-Bretagne et le perpétuer sous le Canada.

    Tout ça a formaté la psyché. Pour la déprogrammer, une analyse qui démasque s’impose tout autant qu’une vision politique de libération activée par des citoyens et des citoyennes pour s’affranchir de leur assujettissement. Ça relève de la conscience, pas de l’autocritique.

  • Mathieu Bouchard - Inscrit 26 novembre 2017 22 h 42

    "Autosatisfaction un peu gênante" ?

    Je sais pas ce qui est écrit dans ce livre pour parler de la nationalisation de l'électricité, mais il faut au moins en savoir que ça s'est fait dans un contexte de lutte contre la clique des riches banquiers anglais de la rue St.James et leurs copains. La nationalisation de l'électricité peut alors apparaître comme une étape de réduction de leur emprise, tout comme la création des Obligations d'épargne du Québec la même année, et la CDPQ dont la planification a aussi commencé cette année-là. "Maîtres chez nous" et la "révolution tranquille", c'est aussi une révolution financière contre une élite que beaucoup qualifieraient de coloniale.

    L'important n'est pas de faire une compétition de pétage de bretelles avec l'Ontario, c'est de noter à quel point c'était quelque chose de gros ici, surtout en lien avec la domination par les anglais. Le fait que la nationalisation ait eu lieu très tardivement rehausse même la valeur de l'exploit : c'était plus facile de le faire en Ontario quand le réseau était très peu développé, qu'en 1963 quand plus de 99% des maisons étaient déjà connectées.