Décès de l’anthropologue française Françoise Héritier

L’auteure et anthropologue française Françoise Héritier
Photo: Philippe Desmazes Agence France-Presse L’auteure et anthropologue française Françoise Héritier

Paris — Françoise Héritier, un des très grands noms de l’anthropologie française, est morte à l’âge de 84 ans, a-t-on appris mercredi auprès de son éditrice, Odile Jacob.

« Françoise Héritier, que j’aimais tant, nous a quittés cette nuit. Au-delà de ma tristesse, je garderai en mémoire le souvenir d’une femme d’exception : grande intellectuelle, mais sensible, modeste et profonde. Elle était une amie. Elle était et restera un modèle », a écrit l’éditrice sur son compte Twitter.

Professeure honoraire au Collège de France, un prestigieux établissement public où elle avait succédé à Claude Lévi-Strauss, elle avait inauguré la Chaire d’étude comparée des sociétés africaines.

Au centre de ses recherches figurait l’étude des fondements universels de la domination masculine : « On dit qu’un homme ne peut pas épouser telle ou telle femme. Mais il n’est jamais dit qu’une femme ne peut pas épouser tel ou tel homme. En fait, les femmes n’ont jamais été des sujets de droit parlant dans les textes historiques. »

Rien de ce que nous faisons ou pensons, systèmes de vie, d’attitude et de comportement, n’est issu directement de lois naturelles

Auteure de livres savants, elle avait su toucher le grand public en 2012 avec son petit ouvrage Le sel de la vie, délicieuse méditation sur son enfance.

Née le 15 novembre 1933 à Veauche, dans le centre de la France, elle arrive à Paris en 1946 où, rêvant d’être égyptologue, elle sera étudiante en histoire et en géographie à La Sorbonne. Un jour, elle assiste à un cours sur la chasse aux aigles chez les Hidatsas (tribu du Dakota) : un séminaire de Claude Lévi-Strauss, qui agit sur elle comme une « révélation ».

Elle décide alors d’orienter sa carrière, et sa vie, vers l’anthropologie sociale.

En 1958, elle part en Haute-Volta (devenue le Burkina Faso) étudier les Samos, puis chez les Dogons au Mali. Elle va séjourner, lors de différentes missions, cinq ans en Afrique.

En 1967, elle rejoint le CNRS, où elle sera plus tard maître de recherches. Pour ses travaux sur le fonctionnement des systèmes de parenté et d’alliance, elle reçoit en 1978 la médaille d’argent du CNRS. Pour elle, la parenté n’est qu’une « construction idéologique », car « rien de ce que nous faisons ou pensons, systèmes de vie, d’attitude et de comportement, n’est issu directement de lois naturelles ».

Le jury (exclusivement féminin) du prix Femina lui avait remis la semaine dernière un prix spécial pour l’ensemble de son oeuvre. Elle venait de publier Au gré des jours, où elle se confiait et faisait partager, selon son éditrice, « son amour des mots et son goût de vivre ».