En route vers le Prix littéraire des collégiens

Quatre des cinq finalistes (de gauche à droite): Jean-Philippe Baril Guérard, Audrée Wilhelmy, Jean-François Caron et Stéphane Larue. Abia Farhoud était absente du dévoilement.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Quatre des cinq finalistes (de gauche à droite): Jean-Philippe Baril Guérard, Audrée Wilhelmy, Jean-François Caron et Stéphane Larue. Abia Farhoud était absente du dévoilement.

Et c’est parti ! Après la lecture, l’évaluation et la discussion, voici la sélection. Les organisateurs du Prix littéraire des collégiens ont dévoilé, le 10 novembre, les cinq oeuvres finalistes de la 15e édition de ce prestigieux prix visant à rapprocher le livre et la lecture des jeunes. Dans les prochains mois, plus de 700 collégiens dans 60 cégeps et collèges du Québec vont devoir s’y frotter en vue de choisir le grand gagnant de ce prix décerné en avril prochain, lors du Salon international du livre de Québec. Il est doté d’une bourse de 5000 $. Rencontre avec les finalistes.

De bois debout, Jean-François Caron (La Peuplade)
 

Mais est-ce bien ça, vivre, que de passer ses journées le nez entre les pages d’un roman ? La littérature, qui devrait aiguiser notre empathie et nous rapprocher de l’essence du monde, ne comploterait-elle pas, subrepticement, afin de nous en tenir à distance ? La vraie vie, c’est la bibliothèque ou les mains pleines de cambouis ?

Dans une langue qui embrasse large la vastitude de l’horizon et qui fait chanter la venteuse poésie d’un parler québécois lumineux comme une clairière, De bois debout est un roman tendu entre une souveraine tendresse pour un pays de paysages fougueux et d’hommes muets, mais volontaires, et un désenchantement devant ce peuple ne s’étant jamais débarrassé de sa suspicion envers ce que couvent les livres ainsi qu’envers ceux qui y trouvent refuge.

Dominic Tardif

Au grand soleil cachez vos filles, Abla Farhoud (VLB)
 

Le roman polyphonique donne la parole à Youssef, Faïzah, Adib et Ikram, membres de la famille Abdelnour, de retour au Liban après 15 années passées au Québec. Il y a beaucoup de vrai dans cette fiction où les trajectoires humaines évoluent entre les années 1960 et la tragédie du décalage qui donne corps à certains exils et façonne certains exilés.

Entre le mépris d’un directeur des programmes de la radio nationale, où Ikram est embauchée, et les mises en garde d’une grand-mère sur le sourire que les femmes doivent contraindre en société pour éviter l’odieux ou l’horreur, entre la quiétude d’un bord de mer et les réticences d’un père envers sa fille qui veut faire du théâtre, un souffle névralgique caresse délicatement ces fragments d’existence qui témoignent d’une reconquête de soi face à l’incompréhension de codes culturels que l’on ne reconnaît plus parce qu’ils appartiennent désormais à d’autres.

Fabien Deglise

Royal, Jean-Philippe Baril Guérard (Éditions de Ta Mère)
 

« Dans un million d’années, le fait que t’aies eu 3,12 de GPA à ta première session en droit à l’Université de Montréal, ça représentera rien. Faque let it go. C’est la seule façon de pas virer fou », plaide la blonde du narrateur de ce deuxième roman de Jean-Philippe Baril Guérard.

Comme toutes les fictions habitées par un antihéros détestablement séduisant, Royal participe d’un double mouvement. En vomissant sur tout ce qui n’appartient pas à l’élite de la société, cette narration à la deuxième personne dédouane nos pensées les plus dégueulasses, jusqu’à ce que la vacuité de ce monde nous avale et nous recrache dans une anxiogène chambre aux miroirs.

Aux prises avec l’immensité du grand vide qui nous entoure, le personnage principal de Royal, lui, s’enfoncera dans les sables mouvants d’une grave crise de sens.

Dominic Tardif

Le plongeur, Stéphane Larue (Le Quartanier)
 

Dans un chaos d’ordres lancés, de bruits de casseroles et de vaisselle sale, d’odeurs de friture et de transpiration, de signaux de détresse et d’amitiés instantanées, le premier roman de Stéphane Larue est une plongée en apnée dans un univers peu connu.

Étudiant en graphisme au cégep du Vieux Montréal, passionné de musique métal (dont il sera aussi beaucoup question), issu d’une famille de la classe moyenne de Longueuil, Stéphane — le narrateur — s’est sauvé de son dernier appartement sans payer les trois mois de loyer en retard qu’il devait à son coloc. Il habite chez un ami en attendant de pouvoir se refaire et flambe en trois semaines les 2000 $ que les membres d’un band métal lui avaient donnés pour concevoir et faire imprimer la pochette de leur premier disque.

Avec ce premier livre plus que solide, thriller existentiel autant que roman d’apprentissage, Stéphane Larue donne vie avec beaucoup de justesse à la frontière floue qui sépare des mondes qui ne s’opposent pas vraiment.

Christian Desmeules

Le corps des bêtes, Audrée Wilhelmy (Leméac)
 

Au coeur du nouveau roman d’Audrée Wilhelmy, son troisième, palpite un lieu nouveau mais toujours en forme de « territoire rugueux ». Et vibre une préadolescente aux pouvoirs singuliers, Mie, qui pose sur le monde autour d’elle une curiosité insatiable et qui éprouve sans patience l’éveil de ses sens.

L’écrivaine, née à Cap-Rouge en 1985, poursuit la construction d’un univers unique, porté une fois encore par une écriture riche, sensuelle et organique. Une sorte de monde à part dans lequel évoluent quelques personnages, toujours, encore, attachés à leur enfance.

Audrée Wilhelmy compose à petites touches, dans Le corps des bêtes, un univers unique gorgé de sève et de silence, luxuriant au possible, touffus, sans morale. Un petit tour de force d’audace et de sensualité, porté sans fléchir par une écriture ronde à la précision sans faille.

Christian Desmeules


 

Le Prix littéraire des collégiens est soutenu financièrement par la Fondation Marc Bourgie, RBC Fondation, Québecor et le ministère de la Culture et des Communications du Québec. Le jury de sélection des oeuvres finalistes était présidé cette année par Fabien Deglise, responsable du cahier Livres du Devoir, et composé des critiques littéraires Christian Desmeules et Dominic Tardif, du Devoir, de Pierrette Boivin, du magazine Nuit blanche, et de Gilles Dupuis, professeur au Département des littératures de langue française de l’Université de Montréal.