À grands coups de convictions

Le vent qui souffle sur les institutions démocratiques est en train de changer de direction, ici comme ailleurs, estime Aussant.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le vent qui souffle sur les institutions démocratiques est en train de changer de direction, ici comme ailleurs, estime Aussant.

Toute ressemblance avec une récente élection municipale ne peut être que fortuite. À la page 17 de La fin des exils (Atelier 10), un court essai qui appelle la population à « résister à l’imposture des peurs », l’économiste Jean-Martin Aussant, ex-chef du parti politique Option nationale et actuel directeur du Chantier de l’économie sociale, écrit : « Les convictions assumées peuvent faire gagner des élections, il faut le redécouvrir. » Et d’ajouter : « Plusieurs chantiers urgents au Québec exigeront de l’audace. Or, retarder l’audace, c’est ne pas en avoir. »

Convictions. Audace. C’est ce qui semble, en partie, avoir porté à la mairie de Montréal au début de cette semaine Valérie Plante, chef du parti Projet Montréal. Une victoire surprenante qui a fait passer Denis Coderre du statut d’hypermaire à celui de maire de transition, tout en mettant désormais une image souriante sur la pensée de l’essayiste.

« Quand j’ai écrit ceci, je ne faisais pas allusion à madame Plante, dont je salue la victoire, lance au téléphone Jean-Martin Aussant, joint cette semaine par Le Devoir à l’autre bout du Québec, aux îles de la Madeleine, où il était de passage. Je faisais surtout référence à une époque lointaine où les partis politiques n’avaient pas peur d’afficher leurs convictions et se faisaient élire pour ces dernières. La victoire de Valérie Plante s’explique par une combinaison de facteurs. Ses convictions assumées sont bien sûr un de ces facteurs. »

Le vent qui souffle sur les institutions démocratiques est en train de changer de direction, ici comme ailleurs, estime Jean-Martin Aussant qui, par son essai à paraître la semaine prochaine, souhaite nourrir ce changement. Comment ? En cherchant à ramener vers le débat public tous ceux qui se sont « exilés », dit-il, exilés des territoires conceptuels qui façonnent le Québec, celui du vivre-ensemble, celui de l’intérêt commun, celui d’une politique d’idées plus que de calculs et de stratégies. L’appel à la construction d’un cadre nouveau vise à redonner du sens à un modèle démocratique en train de devenir une maladie auto-immune.

« Quand une formation politique se met à cacher ses idées de base, en fonction des sondages du jour, pour conserver le pouvoir ou pour se faire élire, elle se détache de la démocratie qui impose à tous les partis d’exposer clairement leurs convictions et de laisser les gens choisir en toute connaissance de cause. Elle nous éloigne aussi d’une démocratie saine et fonctionnelle », ajoute-t-il. L’essayiste ne nomme personne, mais il définit clairement sa cible en parlant du louvoiement autour de la tenue d’un autre référendum sur l’indépendance du Québec, mais aussi des peurs habituelles brandies par les opposants à une souveraineté nationale, à laquelle il croit toujours, avec conviction, et ce, pour maintenir ce statu quo qui, loin de servir l’intérêt de tous, garantit surtout la survie de pouvoirs personnels.

« Le leadership véritable consiste à décrire ce qu’on pense être les projets porteurs d’avenir, qu’ils fédèrent l’opinion publique ou non dans le moment présent, puis d’avoir la colonne vertébrale nécessaire pour les expliquer et convaincre la population de leur bien-fondé. Tout le reste n’est qu’un exil de la vraie politique », écrit le jeune retraité de la politique active qui, sans en voir vraiment l’horizon, admet qu’un retour à l’avant-scène n’est toujours pas exclu.

Ces exils, alimentés autant par les peurs de perdre du confort, de la paix, de la richesse, que par la fatalité devant un système qui ne pourrait être rien de plus que ce qu’il a toujours été, n’ont rien de réjouissant pour l’avenir, estime M. Aussant, puisqu’ils entraînent le désengagement des citoyens et donnent du carburant au cynisme, « le pire ennemi de notre époque », dit-il. « Dans certains milieux, on se fait une fierté de se dire cynique. Mais le cynisme, ça donne quoi ? Les gens abandonnent la prise de décision pour leur avenir aux autres qui, de plus en plus, prennent des décisions négatives pour l’ensemble du groupe. » Et il ajoute qu’en gardant les taux de participation bas, lors des scrutins, « le cynisme serait ainsi le comportement le plus souhaité par les politiciens les moins souhaitables ».

En guise d’introduction, l’ex-figure de proue d’Option nationale parle de ces « exils collectifs » dont on ne devrait plus se satisfaire. « Un citoyen qui s’en tient à son individualisme peut nuire davantage à l’ensemble que l’absent qui s’implique peut-être à distance », laissant par le fait même la société crouler sous le poids des « discours éteignoirs » et d’un « comptabilisme pusillanime » qui donne toute sa force d’inertie à cet « extrême centre stérile », à la fois « symptomatique d’un manque de confiance en soi et d’un manque de respect envers l’électorat ».

Sorte de déclaration d’optimisme au regard des mutations sociales et politiques en cours, La fin des exils dénonce donc tous ces freins à l’avancement, freins qu’une certaine forme de journalisme actionnerait d’ailleurs, selon lui. « L’exil du journalisme factuel ralentit l’évolution, qu’elle soit politique ou sociale », écrit-il en montrant du doigt le sensationnalisme crasse, tout comme l’obsession d’une opinion médiatique posée sur la scène politique et collective dans une seule perspective : l’analyse stratégique des forces en présence.

« Il est rare d’entendre un analyste politique parler des bienfaits d’une politique sur une population, dit-il. On parle surtout de pari fait pour s’attirer l’affection d’une partie de l’électorat, de calcul, de stratégie. La couverture médiatique prête des intentions, cherche des contradictions, met en tension et ne contribue pas à la décynisation de la population. »

La chose n’est pas unique au Québec, écrit d’ailleurs Jean-Martin Aussant, mais elle conditionne les gens « à se méfier des élus, voire à les détester », incitant même les politiciens « au coeur les plus purs » à s’exiler loin des territoires du bien commun pour refaire leur vie sur celui de l’image, du paraître et de la course à la popularité. Or cette « dynamique est pernicieuse » et « empêche l’éclosion de nouveaux comportements », conclut-il.

La fin des exils. Résister à l’imposture des peurs

Jean-Martin Aussant, Atelier 10, Montréal, 2017, 104 pages. En librairie le 14 novembre.

2 commentaires
  • Jacques Morissette - Inscrit 11 novembre 2017 23 h 07

    Jean-Martin Aussant a bien raison.

    Jean-Martin Aussant a raison! Les politiciens traditionnels le savent aussi, demandez à Philippe Couillard. Ces politiciens formatés vont tout faire pour récupérer ce vent de changement avec dans l'idée de le faire tourner de leur bord à eux. C'est tellement facile de colmater une vision différente des choses quand ce qui peut déranger les politiciens traditionnels sont appuyés par des électeurs traditionnels, pour ramener les choses à la raison, selon la leur.

  • Bernard Terreault - Abonné 12 novembre 2017 08 h 16

    Être franc

    Ne pas cacher ses convictions profondes et ses objectifs par électoralisme, facile quand on est de l'extérieur, plus difficile pour un politicien qui n'a pas d'autre revenu que son salaire de député. Pas de problème pour un médecin ou pour un corrompu qui se verra récompensé par une planque dans le privé, plus difficile pour d'autres de se retrouver du travail.