Le dernier mot, Caroline Roy-Element et Mathilde Cinq-Mars

À 82 ans, le vieil homme peut être fier de sa progéniture. Une de ses filles est devenue avocate, les autres, traductrice et comédienne. Ses gars ? Auteur-compositeur, prof de français, orthophoniste, journaliste. Une famille bien ordinaire qu’une révélation lancée lors d’un souper d’anniversaire va ébranler : depuis toujours, l’octogénaire ne sait ni lire ni écrire, même s’il a été souvent vu le nez plongé dans Le Devoir, même s’il a été lettreur à la Iron Ore Company de Sept-Îles pendant plus de 50 ans, même s’il a engendré une belle brochette de lettrés. Le texte est sensible. Il parle de modernité, d’avancement social et des silences lourds qui s’installent parfois dans les cercles familiaux pour ne pas laisser la honte salir les courroies de transmission. La sobriété des illustrations laisse la richesse de leurs traits suivre les contours des failles et des points de tension de cet instantané social qui montre, avec intelligence et respect, cet illettrisme que le présent accepte sans doute un peu moins de dissimuler.

Le dernier mot

★★★ 1/2

Caroline Roy-Element et Mathilde Cinq-Mars, Mécanique générale, Montréal, 2017, 172 pages