Le Japon par ses clichés

Danielle Dubé
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Danielle Dubé

Avec son mélange d’étrangeté et de clichés bien incarnés, de futur proche et de passé impérial, le voyageur occidental revient-il jamais du Japon ? Certainement pas Danielle Dubé (Les olives noires, Quinze, 1984), qui semble y avoir laissé elle aussi, semble-t-il, une part d’elle-même.

D’Hiroshima jusqu’au coeur des Alpes japonaises, de Kyoto à Tokyo, de maisons de thé en chambres d’hôtel et de bouddhas géants en bains d’eau chaude, l’auteure revient en long et en large dans Ciel de Kyoto sur un voyage guidé de quelques jours au Japon réalisé en compagnie d’une dizaine de Québécoises au printemps 2014.

Visites de temples, réflexions ad lib sur l’existence, excursions sur la piste du poète Basho, l’auteure de ces carnets de voyage, qui semblent répondre à une nécessité floue, nous promène entre la surprise et l’ennui. Voyager ? « Toutes les grandes villes se ressemblent. Elles s’agitent pour continuer à vivre ou à mourir dans l’illusoire proximité ou la solitude. »

Notations courtes, remarques, exclamations : nous sommes face à des carnets un peu fourre-tout, servis par une écriture impressionniste parfois surchargée de références livresques. Un texte qui avance davantage à coups d’associations d’idées que d’observations et de rencontres.

Entrecoupés de haïkus inédits, rarement mûris, ces instantanés juxtaposés nous promènent entre l’émerveillement exotique et la déprime nationale ressentie après la défaite du Parti québécois aux dernières élections provinciales. Heureusement, « la beauté console et fait oublier la défaite ».

Malgré quelques éclairs de vivacité ici et là, l’auteure née en 1944 a conçu un petit livre paresseux et approximatif (elle y soutient ainsi à tort que l’écrivain Gaétan Soucy, comme Nelly « Arcand » (sic), se serait suicidé). Des pages où l’on en apprendra bien peu sur le Japon, sur les Japonais ou sur l’auteure elle-même.

« Nous nous retrouvons, Francine, Louise, Michèle, Danielle, Monique et moi, autour d’une même table, et des mêmes plats. La mine un peu tristounette, même si nous tentons de ne laisser rien voir. La vie est là, les sourires des copines, la joie de se retrouver chaque matin.

— Aujourd’hui, journée libre. Libre ! rappelle Danielle toute souriante.

— Libre ! clamait de Gaulle sur un balcon du Vieux-Montréal en saluant le Québec.

Libres, mais libres de faire quoi… d’aller où ? Au musée de Kyoto ou dans les boutiques de la rue Shijo ? Je suis tentée par le musée, en raison d’une toile aperçue dans un livre d’art acheté au Musée des beaux-arts de Québec. »
Extrait de «Ciel de Kyoto»

Ciel de Kyoto

★★ 1/2

Danielle Dubé, Lévesque éditeur, Montréal, 2017, 194 pages