«L'histoire du Québec en photos» — L’arbre qui ne meurt pas

Expo 67 fait partie de ces épisodes de l’histoire récente du Québec qui ont produit un corpus d’images marquantes.
Photo: Source FIDES Expo 67 fait partie de ces épisodes de l’histoire récente du Québec qui ont produit un corpus d’images marquantes.

En 1908, à l’occasion du tricentenaire de la ville de Québec, Wilfrid Laurier, premier ministre du Canada, accueille dans la Vieille Capitale le prince qui, sous le nom de George V, régnera bientôt sur l’Empire britannique. Né au Québec, Laurier tait ses anciennes velléités séparatistes. Il salue le futur monarque en anglais. Celui-ci lui répond en français, puis en anglais. De petits faits du genre en disent plus long que l’histoire officielle…

Voilà ce qu’a compris depuis belle lurette Hélène-Andrée Bizier, qui a fait de la vulgarisation de l’histoire du Québec l’oeuvre de sa vie. Elle s’est vite aperçue que l’image, bien choisie et expliquée avec verve, réhabilitait pour le mieux la notion parfois éculée d’histoire populaire. En l’enrichissant de la dernière décennie, elle nous offre aujourd’hui une nouvelle version revue et réactualisée d’Une histoire du Québec en photos, dont la première édition remonte à 2006.

Que ce soient George Hunter, originaire de Regina, dont la photo d’une foule montréalaise exubérante et multiethnique célébrant en 1945 la fin de la Deuxième Guerre mondiale, par la reddition du Japon, illustre la couverture du livre, ou les Québécois Jacques Nadeau et Gaby, beaucoup de chasseurs d’images font de l’ouvrage un album d’art. C’est sans oublier le talent de la chasseuse d’anecdotes qui orchestre l’iconographie en commentant les faits étonnants qui jalonnent notre évolution.

Des pans d’histoire

Hélène-Andrée Bizier raconte, photos à l’appui, que l’excentrique homme d’affaires Ucal-Henri Dandurand, le premier Montréalais qui adopte, en 1899, l’automobile plutôt que la voiture tirée par des chevaux, était, sans le savoir, écologiste avant l’heure. Son premier véhicule fonctionnait à vapeur, son deuxième, à l’électricité ! De son côté, en 1906, Léo-Ernest Ouimet ouvre à Montréal, rue Sainte-Catherine Est, le premier cinéma du Canada. Il l’appelle fièrement le Ouimetoscope.

Un autre Québécois s’impose dans la diffusion de la culture populaire. Il s’agit du cow-boy mythique Will James, célèbre dès 1927 aux États-Unis, auteur de nombreux romans westerns en anglais, mais né Ernest Dufault à Saint-Nazaire, près de Montréal.

Photographié en tenue du Far West, vivant notamment au Nevada et au Montana, il restera toujours soucieux de cacher sa véritable identité ainsi que sa langue maternelle.

Ce n’est pas le cas de ces jeunes manifestants du Printemps érable de 2012 qui, écrasés en pleine rue par de gigantesques carrés rouges fabriqués pour eux-mêmes, protestent contre la hausse des droits de scolarité. Un sentiment diffus de révolte généralisée hante depuis toujours le Québec. Il s’accorde avec le thuya de presque 1000 ans, arbre découvert en Abitibi et que, vers la fin de son livre, Hélène-Andrée Bizier a la belle intuition de nous montrer un peu comme le symbole d’une obscure persistance.

Photo: Source FIDES La crise d'Oka figure aussi parmi ces événements marquants de l'histoire du Québec.

L’histoire du Québec en photos. Nouvelle édition revue et augmentée

★★★

Hélène-Andrée Bizier, Fides, Montréal, 2017, 400 pages