Jeunesse — Dans le monde fascinant des poissons électriques

L’aptéronote, ou «poisson-couteau», émet à haute fréquence grâce à un organe électrique situé dans sa queue.
Photo: La Pastèque L’aptéronote, ou «poisson-couteau», émet à haute fréquence grâce à un organe électrique situé dans sa queue.

Carapo à bandes, poisson-éléphant, gymnarque, aptéronote, torpille, ce sont là quelques-unes des espèces qui font la une du nouveau documentaire Les poissons électriques (La Pastèque). Tout comme l’anguille électrique — sans doute la plus populaire de ses congénères —, ces étonnants poissons se déplacent, chassent, se défendent, repèrent des proies ou détectent le danger grâce à leur capacité à percevoir et à utiliser les charges électriques du milieu ambiant. Si certains sont du type passif, notamment le dauphin de Guyane qui, sans produire de l’électricité, est muni de détecteurs lui permettant de trouver sa nourriture, d’autres sont plutôt du type actif, comme le poisson-chat du Nil qui neutralise ses proies en « générant de fortes charges pouvant atteindre une puissance de 350 volts », peut-on lire dans l’ouvrage.

Nous sommes loin du sempiternel documentaire sur les animaux de la savane ou les oiseaux d’Amérique. Et c’est ce qui fait la particularité de l’ouvrage écrit par le biologiste et neurologue Érik Harvey-Girard. Le caractère inusité du sujet, la découverte d’un monde, voilà qui nous sort de l’ordinaire et contribue à stimuler nos neurones trop souvent endormis par la répétition. Le scientifique vulgarise de façon éclairante et sans fla-fla ce monde sous-marin, présente avec simplicité et concision la complexité de ces petites bêtes robustes qui fonctionnent de façon électrique afin d’améliorer leurs chances de survies.

Rigueur et simplicité

À l’instar de cette faune marine qui utilise les forces électriques pour survivre, l’humain en fait tout autant notamment en médecine, où l’électricité permet de prolonger la vie des patients. Nous n’avons rien inventé, seulement transformé, créé, imité, observé beaucoup et reproduit à notre façon. D’ailleurs, l’ouvrage est enrichi de deux pages d’histoire dans lesquelles le chercheur relate la présence de ces poissons dans la vie de l’Homme depuis l’Égypte ancienne jusqu’au XIXe siècle, moment où ils ont commencé à faire l’objet d’études scientifiques véritables. Avant cette période, la fascination — et le manque de connaissances — des gens pour ces bestioles mystérieuses a fait naître maintes croyances farfelues accordant par exemple à la torpille des pouvoirs magiques. Au XVIIIe siècle, on retrouve notamment des spécimens empaillés sur les tablettes de cabinets de curiosités, leurs ovaires et oeufs en bocaux.

La clarté et la simplicité du texte de Harvey-Girard s’accompagnent d’un graphisme tout aussi épuré laissant ainsi la place à l’essentiel. Sur fond blanc, l’information est livrée en quelques phrases courtes, une carte permettant de situer l’espèce sur le globe et quelques encadrés, le tout jouant sur trois couleurs franches. Les lignes pures et claires de l’illustrateur Stéphane Poirier contribuent à faciliter la lecture et à mener l’oeil directement vers l’objet d’étude. Puis, arrêt sur image, une double page sépare la présentation de chaque espèce, laissant à la fois à Poirier le loisir d’illustrer la bestiole dans un décor marin tout en invitant le lecteur à s’arrêter et à observer la bête de plus près.

Les poissons électriques

★★★★

Érik Harvey-Girard et Stéphane Poirier, La Pastèque, Montréal, 2017, 72 pages