Le tsunami intérieur de Michel Jean

L'auteur et journaliste Michel Jean, en 2013
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir L'auteur et journaliste Michel Jean, en 2013

Pour son sixième roman, Michel Jean, journaliste et chef d’antenne à la télévision québécoise, reprend le personnage de Jean-Nicholas Legendre, reporter à la télévision d’origine abénaquise. Dans Un monde mort comme la lune (Libre Expression, 2010), il s’était rendu en Haïti sur les traces de narcotrafiquants colombiens, exposant les liens entre des gangs de rue de Montréal et le régime du président haïtien Jean-Bertrand Aristide. Des révélations qui vont mener à l’assassinat de sa femme et de sa fille.

Quelques mois après cette tragédie, Tsunamis nous entraîne cette fois au Sri Lanka, dans la foulée du tsunami qui a ravagé quelques pays de l’océan Indien en 2004, faisant plus de 250 000 victimes.

À la vue des hordes de journalistes étrangers arrivés avant lui, Legendre décide de se rendre plutôt dans la partie de l’île contrôlée par l’organisation des Tigres tamouls, une organisation indépendantiste placée sur la liste officielle des organisations terroristes par plusieurs pays, dont le Canada.

Accompagné d’une étudiante en journalisme de Colombo qu’il a engagée comme fixer, il essaiera de recueillir des témoignages de rescapés du tsunami dans cette partie de l’île et d’interviewer des membres des Tigres tamouls. Le danger est réel. Aussi tangible, peut-être, que son inconscience.

Refoulant à coup d’alcool et de nostalgie la douleur qui le ronge, trop conscient du « serpent » qui se cache au creux de son ventre et résistant tant bien que mal à son « tsunami intérieur », le narrateur s’enfonce. Pour lui, la mort serait un soulagement. Sans surprise, au risque de leur vie, le journaliste et son interprète seront rapidement pris entre les feux de l’armée de la majorité cinghalaise et de l’organisation tamoule. Par sa faute, une fois encore.

Dix ans plus tard, il revient à Colombo sur ses pas et quelques surprises l’attendent. « Il y a entre cette ville et moi un malentendu que le temps et l’amertume des mauvais souvenirs ont nourri. » « Personne ne s’intéresse au sort des peuples minoritaires comme le nôtre. Seul celui des États compte », lui avait dit à l’époque l’un des dirigeants tamouls. Avec une certaine suite dans les idées, l’auteur du roman Le vent en parle encore (Libre Expression, 2013), qui abordait le scandale des pensionnats autochtones canadiens, se penche une fois encore sur les opprimés et les sans-voix.

Si le roman pose un regard intéressant et plutôt bien informé sur cette partie du monde marquée par la guerre civile (l’auteur a notamment été en reportage au Sri Lanka, en Irak, en Haïti), le tout forme une exploration bien trop sage des possibilités qu’offre la littérature. De grosses ficelles, de l’Histoire accélérée et beaucoup de pathos, des scènes d’action tout juste esquissées et peu crédibles, des rebondissements à la limite du dérisoire : Tsunamis est un livre plutôt généreux sur la sauce.

Un roman, surtout, dont l’écriture est sans grande saveur et qui, malgré ses excès et son sujet, manque de sel, de sexe et de violence.

« Une impression de solitude absolue m’habitait et me donnait le vertige. Je fuyais aussi vite que je le pouvais et, chaque fois que je croyais avoir réussi à échapper au serpent, il se jetait sur moi. Ses anneaux s’enroulaient autour de ma taille, de mon cou, se contractaient et compressaient ma poitrine pour en extirper chaque millimètre d’air, jusqu’à ce que plus un cri ne sorte de moi. La bête resserrait son étreinte, et la douleur devenait intolérable. Puis une grande noirceur tombait sur moi. » Extrait de «Tsunamis»

Tsunamis

★★★

Michel Jean, Libre, Expression, Montréal, 2017, 224 pages



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