«Astérix et la transitalique» fait-il partie des bons Astérix?

Le lancement de l'album «Astérix et la transitalique» risque une nouvelle fois de faire émerger la cruciale question sur la qualité et la pertinence de ce nouvel épisode. 
Photo: Les Éditions Albert René Le lancement de l'album «Astérix et la transitalique» risque une nouvelle fois de faire émerger la cruciale question sur la qualité et la pertinence de ce nouvel épisode. 

Mais qu’est-ce qu’un bon Astérix ? Toutes les aventures qui n’auraient pas été scénarisées par Uderzo ? Un album qui, en le lisant, nous replonge dans nos souvenirs d’enfance, peu importe sa densité ? Une histoire qui laisse l’esprit traverser ses phylactères et renoue avec l’humour plutôt « sympatoche » et bon enfant aux fondements de cet univers mis en dessin par Uderzo, mais surtout solidifiée par Goscinny ?

L’apparition des 37es aventures du célèbre Gaulois et de son fidèle compagnon un-peu-enrobé, Astérix et la transitalique, un album lancé mondialement jeudi, risque une nouvelle fois de faire émerger la cruciale question sur la qualité et la pertinence de ce nouvel épisode. Un récit signé à nouveau par Jean-Yves Ferri, au texte, et Didier Conrad — depuis Astérix chez les Pictes, publié en 2013, ils ont repris la franchise laissée par un Uderzo arthritique et vieillissant —, qui poursuivent la réhabilitation d’un univers maltraité depuis Le grand fossé, dernier opus contenant la marque de Goscinny, avec l’histoire d’une course folle qui s’essouffle un peu à la fin.

Il y a un esprit montréalais qui se dégage de cette aventure qui débute avec un char au grand galop perdant une roue dans un des nombreux nids-de-poule qui affectent les illustres voies romaines d’un empire qui un jour va finir par décliner. État déplorable des infrastructures ? Au Sénat, le responsable des routes, Lactus Bifidus, un homme actif, nie en bloc toutes accusations de négligence. Mieux, il décide d’organiser une grande course de chars sur ces voies, course traversant l’Italie d’ouest en est, de Modicia à Neapolis, soit de Monza — haut lieu de la Formule 1 de nos jours — à Naples, bastion de la corruption, thème subtilement présent dans ce récit, et ce, pour faire la démonstration de la bonne tenue de ses voies pavées.

Photo: Les Éditions Albert René

Troublé par les visions d’une Sibylle qui le voit en grand vainqueur, Obélix va prendre part à la course, aidé par le petit moustachu sans âge. Et à la fin, tout le monde mange du sanglier autour d’un banquet.

Dès la page 13, la finale se profile avec la même grossièreté que l’organisation d’une course de Formule E dans un centre-ville pour faire oublier des cônes orange et faire croire qu’on est plus vert que vert. Comment ? Avec l’apparition du concurrent commandité par Rome, un pilote masqué dont l’identité est évidente. Le plaisir de la lecture doit donc rapidement être trouvé ailleurs : dans les jeux de mots habituels qui nourrissent les noms de tous les personnages comme dans les références à quelques symboles culturels italiens, recontextualisés dans l’anachronisme d’une histoire se jouant « en 50 avant Jésus-Christ ».

Avec son Lactus Bifidus, son Coronavirus — accompagné de son fidèle Bacillus —, Astérix et la transitalique fait un peu dans la blague scientifique et sanitaire sans pour autant négliger de frapper sur quelques travers de notre présent. Un Cimbre, Danois des temps anciens, se prénomme Zérogluten et en cours de course, un Sicilien ressemblant étrangement à Alain Prost fait son apparition sous le nom de Testus Sterone, comme pour bien ancrer la métaphore de la course automobile dans ce récit qui dévoile au final un Astérix respectueux des cadres et des codes mis au monde par Goscinny et Uderzo, sans chercher à amener le personnage plus haut que là où il est déjà.

Photo: Les Éditions Albert René

Astérix et la transitalique

★★★ 1/2

Jean-Yves Ferri et Didier Conrad, Les Éditions Albert René, Vanves, 2017, 48 pages

1 commentaire
  • Michel Sirois - Abonné 20 octobre 2017 14 h 50

    ...

    3,5 SUR ... 10??