Alexandre Mc Cabe part à la recherche du début d’un temps nouveau

Alexandre Mc Cabe en 2014
Photo: Sophie Gagnon-Bergeron Alexandre Mc Cabe en 2014

Et si le comble de la subversion, pour un écrivain, c’était la sobriété, plutôt que de « multiplier les pitreries pleines d’esprit chez les Scudery hilares des médias » et de s’« acoquiner avec les joggeurnalistes de La Presse et de Radio-Can » ? Et si écrire, en s’ouvrant aux autres, en délaissant le passé, de manière décomplexée, sans peur de se raconter, était une façon d’aller au « bout de sa langue et de sa culture », et donc d’aller au bout de soi ?

Quand Charles, un des personnages d’Alexandre Mc Cabe, prend la parole dans les dernières pages d’Une vie neuve, c’est finalement de bien plus que de la littérature québécoise qu’il est en train de parler. C’est le récit dans lequel il se trouve, qu’il définit aussi un peu, un récit sobre qui, en quatre temps, tente de saisir le Québec dans ses perspectives d’avenir et dans ses contradictions. Avec une inconstance traversée par moments de plusieurs fragments d’une fulgurante lucidité.
 

Quatre membres d’une même famille, Marie, Jean, Benoît et Philippe, frères et soeur, se retrouvent au coeur de quatre chapitres à la liaison incertaine. On est en 2012. Le Québec vit alors son printemps de la contestation au son de casseroles qui rythment l’ascension d’un certain Baptiste Chartrand-Bourgeois, surnommé « BCB ». Le p’tit gars est qualifié « du plus controversé des leaders du mouvement étudiant ». Philippe, avocat de son état, va être incité par sa belle-fille, Salomé, à le poursuivre pour avoir défié une injonction. Mais au fond de lui, c’est plus pour la vacuité de ce genre « de jeunes loups, plus occupés à briller qu’à penser », qu’il voudrait le voir condamné.

Pendant ce temps, Benoît a quitté Montréal pour aller digérer sa peine d’amour sur le chemin de Compostelle. Le gars avoue ne pas avoir d’aptitude pour le bonheur. « La joie m’angoisse », dit-il. Clara, une fille de Grenoble, va l’aider à se retrouver, alors que des indépendantistes basques vont contribuer, eux, à nourrir, avec la distance, sa critique d’un Québec qui, tout comme lui, a peur de s’affranchir de ses habitudes pour se réinventer.

« Le Québec ? Son avenir ne tient qu’à un fil », résume Jean, qui, à l’aube de quitter le monde des vivants, demande à son fils de l’enregistrer pendant qu’il remonte le fil de sa vie et de son engagement. Il a cru à l’indépendance, il a porté l’idée d’un Québec dont ses enfants sont aujourd’hui devenus « ersatz d’une élite », « la première véritablement québécoise » qu’il aurait espérée pérenne. La finale de ce chapitre prend la forme d’une métaphore, celle de la sortie dans l’honneur d’une génération et de son rêve perdu, comme pour mieux aider le Québec à sortir de son impasse.

L’encre de la sociologie

La plume d’Alexandre Mc Cabe est trempée de toute évidence dans l’encre de la sociologie. Elle puise aussi dans l’actualité, travestit certaines figures du moment et d’autres pas, mais peine, malgré la précision du verbe, l’efficacité de l’image, l’élégance et la finesse de quelques critiques, à faire entendre cette nouvelle voix, à poser ce souffle neuf qui, au fil des pages, se bute aux formules logorrhéiques habituelles, sur les baby-boomers, sur les échecs référendaires, sur l’affirmation nationale… Formules qui, forcément, éloignent de cette vie neuve que les protagonistes du récit cherchent pourtant à atteindre.

« Notre littérature doit s’ouvrir aux autres, délaisser le passé, c’est le mot d’ordre. Je suis bien d’accord, mais est-ce qu’elle doit pour autant arrêter de parler du Québec, de le faire avancer ? Les écrivains allemands, portugais ou américains ne le feront pas pour nous. Quiconque est décomplexé n’a pas honte de se raconter, de se montrer tel qu’il est. Quiconque va au bout de langue et de sa culture va au bout de lui-même. C’est un effort et un idéal qui élèvent tous ceux qui y participent, peu importe leur origine. » Extrait de «Une vie neuve»

Une vie neuve

★★★ 1/2

Alexandre Mc Cabe, La Peuplade, Chicoutimi, 2017, 184 pages