Mikella Nicol et la sensualité des sentiments amoureux

Le second roman de Mikella Nicol, «Aphélie», bénéficie d’une écriture maîtrisée, sensuelle, au rythme vif.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le second roman de Mikella Nicol, «Aphélie», bénéficie d’une écriture maîtrisée, sensuelle, au rythme vif.

« Séduire est la forme de violence que je maîtrisais le mieux. Elle permet de vérifier si l’on est bien au monde, de tester les limites de sa personne sur autrui. » Voilà qui campe bien la narratrice d’Aphélie, second roman de Mikella Nicol, exploration sensuelle des écueils, mais aussi des papillons qui accompagnent la vie amoureuse.

Cantonnée dans un été caniculaire, où chaque virgule libère une goutte de sueur, la narratrice nous invite dans une vie faite d’habitudes. C’est d’abord un ami de longue date, Louis, avec qui, chaque vendredi, toujours au même bar, elle écluse quelques pintes de trop. Sa relation avec lui n’a plus « le lustre d’autrefois », mais offre la sécurité du statu quo : « Nous disions notre bar, comme nous disions notre parc, une façon de légitimer notre errance, de nous approprier un territoire pour oublier tous ceux que nous n’osions pas conquérir. » Et puis c’est Julien, avec qui la narratrice se met en couple parce qu’elle avait « plutôt besoin qu’on range sa vie ». Enfin, c’est ce boulot de nuit, dans un centre d’appel, où les heures s’écoulent, anonymes et vaines : « J’ai continué à faire ce à quoi j’étais la meilleure, attendre. »

C’est sous ce ciel toujours égal, dans cette vie choisie à défaut de mieux, que la narratrice est happée par la rencontre de Mia : « L’envie de la revoir était insoutenable. Je voulais parler d’elle, mais j’avais l’impression de mentir si je disais mon amie. Les mots, je ne les connaissais pas. Les sentiments, oui. » Bouleversée par son désir pour une femme et par l’appel de l’adultère, la jeune femme se cherche. Par le truchement d’une femme disparue — dont les médias font grand cas —, elle projette son fantasme d’évasion et cherche son salut.

Révélée par son premier roman, Les filles bleues de l’été, la jeune auteure confirme son talent, livrant son récit d’une écriture maîtrisée, sensuelle, au rythme vif. Malheureusement, les personnages secondaires ne sont définis que par leur travail ou leur rapport à la narratrice, et remplissent leur fonction sans pour autant nous atteindre. Reste que la narratrice, fébrile et tiraillée par une quête complexe, éveille notre sensibilité. Drame délicat, Aphélie nous invite au parcours difficile qui mène à la maturité. Celle où l’être assume ses limites, permettant ainsi une séduction qui ne le détourne plus de lui-même, mais au contraire le révèle à une force puissante. Un désir.

«Le soir où j'ai rencontré Mia, je buvais au bar avec Louis. On riait en compagnie du barman, qui me servait des bières au rabais en plongeant de temps à autre son regard dans le mien. J'attendais de voir s'il chercherait à m'embrasser, si cette fois-ci je me laisserais faire. Louis s'éventait avec la carte des boissons. Il a essuyé la transpiration qui perlait sur sa lèvre supérieure et fait signe au barman que nous allions prendre deux autres bières. La soirée se déroulait selon le scénario habituel. Je parlais fort avec les gars et nous trinquions, contents d'être débarassés d'une semaine de plus.» Extrait de «Aphélie»

Aphélie

★★★

Mikella Nicol, Le cheval d’août, Montréal, 2017, 128 pages