Hervé Gagnon fait face à un complot sataniste

Le nouveau héros de l’auteur, Patrick Kelly, est plus complexe que Joseph Laflamme, le personnage principal des romans précédents.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le nouveau héros de l’auteur, Patrick Kelly, est plus complexe que Joseph Laflamme, le personnage principal des romans précédents.

De la tragique « affaire Villanueva » jusqu’au langage fleuri du matricule 728 du SPVM, les bavures policières se retrouvent souvent à la une de l’actualité. Universelles, rarement sanctionnées ici comme ailleurs, elles sont même aussi fréquentes chez nos voisins du sud que les macabres exploits des tireurs fous…

Événement lourd, chargé de toutes les tensions, la bavure policière change, la plupart du temps à jamais, la vie de ceux et celles qui y sont impliqués. C’est précisément le cas de Patrick Kelly, ancien agent du SPVM devenu détective privé après un « événement malheureux » : il a tiré trop vite, une fillette a perdu la vie.

Kelly, lui aussi, perd tout : son emploi, sa femme, sa vie. Il ne voit plus son adolescente de fille que les week-ends et passe d’une affaire minable à l’autre. Sympathique malgré son peu d’ambition, mordu de blues et amateur de scotch hors de prix, il ne supporte plus le poids du remords et il végète depuis une quinzaine d’années en « enquêtant » pour le compte d’un mari trompé ou d’une femme soupçonneuse. Patrick Kelly n’est plus qu’un homme sans but. Vidé.

Il s’allume pourtant lorsqu’il se voit proposer une affaire étrange, aux antipodes des enquêtes qu’il mène habituellement : au nom de sa communauté — les Petites Soeurs du Saint-Coeur-de-Jésus —, une jeune religieuse lui demande de retrouver sans faire de bruit un crucifix volé. Un crucifix ayant servi à invoquer le diable en 1742, du temps de la Nouvelle-France…

Notre détective hésite puis accepte et se trouve plongé dans une fumante histoire de satanisme. Plusieurs meurtres rituels sont commis, impliquant chaque fois de jeunes adolescentes ; autour des jeunes suppliciées, les mêmes marques, les mêmes objets profanés et le même modus operandi.

En parallèle, Stéphan Doré, l’ancien partenaire de Kelly devenu enquêteur à l’escouade des Crimes majeurs, le met au courant d’une lugubre affaire sur laquelle il travaille : des corps complètement écorchés déposés dans des églises selon une mise en scène élaborée. Très vite, le lien entre les deux enquêtes s’impose et le tandem Kelly-Doré se reforme… D’autant plus que la fille de Kelly est menacée. Le piège — que personne ne voyait venir — met en oeuvre une vengeance tissée si serré que notre détective privé ne réussira à en sortir vivant qu’après avoir atteint le fin fond de son âme.

Nous voilà bien loin des aventures de Joseph Laflamme, ce journaliste du XIXe siècle courant d’une affaire à l’autre dans les quartiers du Montréal d’alors et auquel Hervé Gagnon a consacré ses cinq derniers livres. Patrick Kelly est un personnage plus complexe, moins unidimensionnel que Laflamme, et Gagnon — qui sait raconter des histoires impossibles — peut se permettre avec lui un regard beaucoup plus actuel et beaucoup plus critique sur le monde dans lequel son héros est impliqué.

Chemin de croix

★★★

Hervé Gagnon, Expression Noire, Montréal, 2017, 376 pages