Un autonomiste trop conciliant

Le portrait daté de 1832 du journaliste montréalais Denis-Benjamin Viger
Photo: Bibliothèque et Archives Canada Le portrait daté de 1832 du journaliste montréalais Denis-Benjamin Viger

À l’heure où l’Espagne tente d’empêcher la Catalogne de se prononcer sur son avenir, la confiance qu’un homme politique d’ici, Denis-Benjamin Viger, mit en 1849 dans la sagesse d’une autre puissance hégémonique, l’Angleterre, fait sourire. Il pensa que l’« indépendance complète » d’une colonie de celle-ci, comme le futur Québec, « serait fondée sur leur avantage réciproque ». L’historien Martin Lavallée décortique le rêve cohérent de l’utopiste.

Il consacre à Denis-Benjamin Viger (1774-1861), journaliste né à Montréal et formé en droit, un essai au sous-titre explicite : Un patriote face au Canada-Uni. Patriote plus modéré que son cousin Louis-Joseph Papineau, Viger n’en est pas moins emprisonné de 1838 à 1840 pour avoir soutenu des journaux jugés séditieux. Après avoir siégé à l’Assemblée législative du Bas-Canada, il sera député, dès 1841, à celle du Canada-Uni, après l’Union du Bas-Canada (futur Québec) et du Haut-Canada (futur Ontario).

Toujours opposé à la domination britannique, il estime que l’Union, décrétée par Londres en 1840, menacerait la survie de la nation de langue française à laquelle il appartient, car la croissance rapide du Haut-Canada par une immigration anglophone mènerait à une minorisation irrémédiable du futur Québec dans un grand pays anglo-saxon. Malgré cette menace imminente, il n’ose, à la différence de Papineau, voir dans le rejet de la monarchie britannique la clé du problème.

Lavallée explique, avec érudition et clarté, que Viger, héritier de son père Denis Viger et de son beau-père Pierre Foretier, devient l’un des plus importants propriétaires fonciers de l’île de Montréal, en plus de recevoir avec sa femme la seigneurie de l’île Bizard. On comprend que l’homme, comblé par les sources les plus traditionnelles de la fortune, ait choisi comme maître à penser des conservateurs : l’Irlandais Edmund Burke et le Savoyard Joseph de Maistre.

Comme Lavallée le souligne, Viger tempère son penchant conservateur en suivant Félicité de Lamennais, libéral politico-religieux français, mais se refuse à devenir républicain et panaméricain à l’exemple de Papineau. Si son rejet de la domination britannique est moins radical que celui de son célèbre cousin, il s’oppose à Louis-Hippolyte La Fontaine qui accepte l’Union en misant sur l’alliance avec les réformistes du futur Ontario. Il le fait pour sauver l’autonomie de ce qui deviendra le Québec.

Viger déconcerte les progressistes lorsqu’il accepte du gouverneur en chef Metcalfe le poste de coprésident du Conseil exécutif du Canada-Uni avec le conservateur W. H. Draper. Mais, pas plus que celle de La Fontaine, sa stratégie ne rendra les anglophones sensibles aux aspirations du Canada français. Lavallée a raison de voir dans cet échec le refus d’envisager une rupture complète avec la Grande-Bretagne. La liberté ne s’accorde pas avec les demi-mesures.

« Contrairement à son cousin Louis-Joseph Papineau, Viger ne possède pas les qualités d’un chef politique capable de rallier le peuple derrière lui. » Extrait de «Denis-Benjamin Viger»

Denis-Benjamin Viger. Un patriote face au Canada-Uni

Martin Lavallée, VLB, Montréal, 2017, 200 pages