Le Plateau, clé de Montréal

L’avenue du Mont-Royal en 1928, à l’angle de la rue Saint-Denis.
Photo: Archives de la Ville de Montréal L’avenue du Mont-Royal en 1928, à l’angle de la rue Saint-Denis.

« Un microcosme de Montréal », c’est ainsi que Justin Bur, Yves Desjardins, Jean-Claude Robert, Bernard Vallée et Joshua Wolfe présentent l’arrondissement qu’ils décrivent dans leur gros Dictionnaire historique du Plateau Mont-Royal. Rien n’illustre mieux leur perspective, dans la riche iconographie de l’ouvrage, qu’une belle photo réunissant Mordecai Richler et Michel Tremblay, issus de cultures différentes mais du même lieu qui imprègne leurs oeuvres.

Les cinq auteurs, passionnés d’histoire et de mise en valeur du patrimoine, sont conscients que les frontières du Plateau ont varié selon les époques. Ils s’en tiennent à l’actuel arrondissement, délimité au sud par la rue Sherbrooke, au nord-est par la voie ferrée du Canadien Pacifique, à l’ouest par Outremont, le parc du Mont-Royal et le campus de McGill.

L’est de l’arrondissement, par essence de langue française, évoque les pièces et les romans de Tremblay, l’ouest, plus multiculturel et plus anglophone, rappelle les romans de Richler. Rural à l’origine, le secteur s’urbanise entre 1880 et 1930. À part l’agriculture, l’exploitation, dès le XVIIIe siècle, de la pierre calcaire pour la construction, la fameuse « pierre grise » montréalaise, le caractérisait.

Le dictionnaire range avec justesse, parmi les « mythes fondateurs » du Plateau, celui des Pieds-Noirs, ces rudes propriétaires ou ouvriers des carrières du coteau Saint-Louis. S’y trouvent des libéraux radicaux qui n’hésitent pas à se bagarrer avec les Nombrils-Jaunes, partisans d’une famille conservatrice de promoteurs immobiliers, les Beaubien, qui visent à transformer carrières et terres agricoles en zones destinées aux habitations urbaines.

D’autres spéculateurs fonciers s’illustrent, comme un Américain d’origine, Stanley Bagg (1788-1853), candidat battu en 1832 à une élection tumultueuse où des soldats britanniques tirent sur les partisans de son adversaire patriote. Son fils et son petit-fils suivront ses traces en contribuant à l’urbanisation du Plateau.

Qui dit urbanisation, dit modernisation. Le manifeste Refus global (1948), son auteur, le peintre Paul-Émile Borduas, et son plus célèbre signataire, Jean-Paul Riopelle, apparaissent parmi les 603 entrées de l’ouvrage avec ce qui les unit au Plateau. Dans le même esprit, des articles portent sur les féministes et progressistes Éva Circé-Côté et Léa Roback, sur les poètes Gaston Miron et Leonard Cohen.

Comme le souligne le lumineux dictionnaire, en rebaptisant, en 2015, la bibliothèque du Mile-End bibliothèque Mordecai-Richler, quartier Mile-End, la Ville et le Plateau réconcilient tout. « Nommer du nom d’un écrivain juif agnostique une ancienne église anglicane anglophone devenue bibliothèque francophone » défie les préjugés et invite à l’osmose. Le Plateau serait-il, enfin, l’avenir de Montréal ?

 « Au tournant du millénaire, une étude révèle que le Mile End détient à ce moment la plus forte concentration au Canada de personnes travaillant dans la création artistique ou l’artisanat. » Extrait du «Dictionnaire historique du Plateau Mont-Royal»

Dictionnaire historique du Plateau Mont-Royal

★★★ 1/2

Justin Bur, Yves Desjardins, Jean-Claude Robert, Bernard Vallée et Joshua Wolfe, Écosociété, Montréal, 2017, 476 pages