Invité par le FIL, l'écrivain Miquel de Palol parlera de sa génération post-dictature

L’écrivain Miquel de Palol sera à Montréal pour parler de sa génération d’écrivains post-Franco.
Photo: Matsas / Metailié / FIL L’écrivain Miquel de Palol sera à Montréal pour parler de sa génération d’écrivains post-Franco.

Il galvanise, fout la trouille, bouleverse. Le référendum catalan unit, et en même temps désunit. Y compris dans le milieu de la littérature, devenu polarisé. « Depuis la fin du franquisme, c’est la première fois que les lettres espagnoles sont clairement divisées. C’est noir ou c’est blanc », constate Miquel de Palol, écrivain catalan, invité au Festival international de la littérature (FIL) qui s’amorce jeudi pour parler de son roman, Le jardin des sept crépuscules, finaliste au Prix des libraires 2017.

Architecte de formation, petit-fils d’un poète et écrivain, indépendantiste mais non-militant, Miquel de Palol porte plusieurs chapeaux qui lui donnent un regard particulier sur le vote du 1er octobre dont il suit les tribulations depuis sa résidence de Barcelone. « Jusqu’ici, il y avait pourtant eu un silence dans les domaines intellectuel et littéraire, y compris dans les instances indépendantistes », ajoute-t-il. Mais le silence a été rompu et chacun s’est placé de part et d’autre de la tranche du livre.

« Un processus qui a déraillé », « Rigoureusement incompatible avec l’État de droit »… Depuis cet été, le célèbre auteur-compositeur-interprète Joan Manuel Serrat, le Prix littéraire Cervantes Eduardo Mendoza et d’autres ont commencé à exprimer haut et fort leur désaccord avec le processus référendaire en lui-même. Miquel de Palol voit ainsi ses proches, ses compagnons de l’aventure littéraire se ranger dans le camp adverse. « Je n’ai aucune intention de cesser d’être leur ami. On s’est trouvé à être d’opinion contraire. Mais pendant le franquisme et à sa chute, on était tous ensemble, contre un ennemi commun », explique-t-il. Le piège serait d’en faire un drame. « Il ne faut pas porter de jugement de valeur. Ça se peut que ce ne soit ni bien ni mal, mais comme ça, simplement. On est en automne et les feuilles vont tomber. Ce n’est ni bien ni mal. Face au référendum, il y a des gens pour et des gens contre. »

Ne pas se laisser influencer

Que le oui ou le non l’emporte, le romancier en lui ne serait pas particulièrement influencé par les événements historiques qui se déroulent sous ses yeux, à tout le moins pour ce qui a trait à son oeuvre de fiction. Une posture qu’il a adoptée lorsque la dictature a pris fin et qu’il était un jeune poète âgé de 22 ans, à l’aube d’une carrière littéraire. « Je n’ai pas voulu de manière consciente utiliser la dictature et y faire allusion dans mes écrits. Je ne voulais pas que cette époque sombre conditionne mes écrits. Ma volonté était d’écrire en marge de tout cela », dit celui qui donnera également dans le cadre du FIL une conférence sur les écrivains catalans de sa génération.

Sous Franco, un auteur pouvait aller en prison pour s’être mêlé de politique et avoir donné des leçons au régime, ou encore pour avoir parlé de sexe de manière explicite dans un ouvrage. « Mon grand-père l’a vécu pleinement et sa vie a été tragique en ce sens. Il était un républicain et avait écrit à l’époque ayant précédé la dictature. Il savait c’était quoi, écrire avec la liberté, et c’était quoi, la perdre. Car quand la guerre civile est arrivée, il a dû se mouler à un état de répression qui était très dur. »

Miquel de Palol et ses compagnons littéraires ont été de la première génération à ne plus craindre la censure, « à agir avec une certaine normalité et à faire de la littérature un acte exclusivement de résistance ». Fortement réprimée, la culture catalane ne pouvait que refleurir avec plus d’ardeur. « Et la littérature catalane, encore plus que l’espagnole ou l’italienne, la française et l’allemande, qui n’ont pas connu la dictature, a dû passer par une drôle d’adolescence. »

Des relents de dictature

Selon lui, la rigidité du gouvernement espagnol — qui tente par tous les moyens d’empêcher le référendum — n’est pas sans rappeler les méthodes propres à la dictature franquiste. « Beaucoup de gens considèrent que le franquisme a été dépassé, mais il est toujours là. La différence, c’est que personne n’est mis en prison ou torturé, mais […] le gouvernement espagnol, sur le fond et la forme, est en train d’attenter à la liberté d’expression et à la démocratie », souligne-t-il.

Quoi qu’il en soit, les indépendantistes, croit-il, tendent à adopter une posture pacifiste, très « gandhienne » : en aucun cas répondre par la violence à des gestes de violence. « La [guardia civil] est entrée récemment dans la rédaction d’un journal pour réquisitionner du matériel. Les gens qui étaient là ont donné des fleurs à la police et se sont mis à chanter. Offrir des fleurs à une parade armée… du point de vue de l’image, ça en dit long. »