Louise Desjardins et la vieillesse dans la fuite

Si le sujet semble somme toute assez sombre, le dernier roman de Louise Desjardins ne l’est cependant pas du tout.
Photo: Christian Leduc Si le sujet semble somme toute assez sombre, le dernier roman de Louise Desjardins ne l’est cependant pas du tout.

Comment finir sa vie ? Comment bien vieillir ? C’est l’une des questions centrales soulevées par L’idole, le plus récent roman de Louise Desjardins, question brûlante qui interpelle particulièrement les baby-boomers aux rives de la retraite.

Le roman suit l’histoire d’Éveline Perron, qui décide à 70 ans de quitter Montréal pour aller vivre sa vieillesse à Buenos Aires, à l’abri des regards de sa famille. Veuve depuis peu, elle a aussi vu le déclin douloureux de sa mère atteinte d’alzheimer. Ce double deuil l’amène à vouloir finir sa vie seule, afin de ne pas être un poids pour son fils, ses petits-enfants et son frère. « Je crains la mort avant la mort, comme ce qui est arrivé à ma mère. […] De là ma décision de devancer ma disparition. Je ne serai plus là, j’aurai fui en douce les spectateurs de ma dégénérescence. » On retrouve en filigrane un autre thème de prédilection de l’auteure : les relations familiales difficiles.

Si le sujet semble noir, le roman ne l’est cependant pas du tout. Le personnage d’Éveline Perron (qui ressemble fort à sa créatrice : toutes deux sont Abitibiennes et âgées de 70 ans…) craint peut-être la vieillesse, mais elle n’est pas du tout sur le déclin : elle est pleine d’énergie et d’intérêts. Elle adore la vie animée de la capitale argentine, ses auteurs, Cortázar, Borges, Gelman, et ses personnages historiques : surtout Eva Perón, la célèbre femme du président Juan Perón dans les années 1940 et idole (d’où le titre) du peuple argentin. Éveline se fait rapidement de nouveaux amis à Buenos Aires, notamment un homme plus jeune qui provoque chez elle un certain trouble.

Pourquoi, alors, est-elle partie exactement ? C’est là que le bât blesse. L’auteure ne réussit pas vraiment à convaincre le lecteur qu’une crise existentielle justifierait la décision de son héroïne de couper tous les ponts avec sa famille. Éveline Perron ne semble d’ailleurs pas se comprendre elle-même et s’interroge sans fin, de façon un peu répétitive : « Depuis que j’avais rencontré le charmant Alejandro et son fils, je me demandais de nouveau si j’avais bien fait d’abandonner les miens à tout jamais. »

Le thème de l’idole ne convainc pas vraiment non plus. Les idoles ne meurent pas, dit Éveline Perron, faisant ainsi un lien entre le thème de l’idole et celui de la mort. Mais sa fascination envers Eva Perón (eh oui, elles ont presque le même nom) paraît un peu plaquée sur cette histoire d’exil argentin, comme pour justifier le décor. On a surtout l’impression que l’auteure, qui aime visiblement l’Argentine, s’est fait plaisir en multipliant les références à des personnages et à des auteurs qu’elle admire. Mais le roman, même sous forme de récit, en souffre.

Au bout du compte, on sympathise avec les questionnements du personnage sur les choix qu’elle peut faire à la fin de sa vie, mais on reste avec l’impression de lire le journal intime de quelqu’un qui n’a pas osé se confier entièrement au papier.

Collaboratrice

L’Idole

★★★

Louise Desjardins, Boréal, Montréal, 2017, 254 pages