Sexiste, la maternité? Le plaidoyer de Marilyse Hamelin.

L’auteure Marilyse Hamelin propose un plaidoyer pour l’égalité parentale.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir L’auteure Marilyse Hamelin propose un plaidoyer pour l’égalité parentale.

Les femmes au foyer, les hommes au travail : une image du passé, révolue, enterrée, faisant désormais place à un monde égalitaire entre les deux sexes ? « Laissez-moi rire. S’il y a une chose dont je suis convaincue, c’est que je ne verrai pas ça de mon vivant », écrit l’auteure et journaliste indépendante Marilyse Hamelin dans son essai Maternité, la face cachée du sexisme (Leméac, 2017), qui fera son entrée dans les librairies québécoises mercredi.

Les femmes ont beau avoir investi massivement le marché du travail ces dernières décennies, aspirant à des carrières aussi prometteuses que leurs concurrents masculins, elles sont toujours victimes de discrimination de la part des employeurs. Salaires, promotions, employabilité, cheminement de carrière : les hommes récoltent la plus grosse part du gâteau, ne leur laissant que quelques miettes.

S’appuyant sur des anecdotes vécues par son entourage, des entrevues avec des experts, des recherches approfondies sur la parentalité — donnant la parole à autant de femmes que d’hommes —, Marilyse Hamelin dresse un sombre portrait de la situation au Québec à travers ces 180 pages.

 

 

À l’approche du grand dévoilement, elle reconnaît avoir été découragée par ses recherches des deux dernières années. Mais la colère a désormais fait place à l’espoir de « réveiller les lecteurs ». « En vieillissant, on sait que les choses sont difficiles à changer. Je sais que ça va être long, mais je ne demande qu’à être surprise. »

Le Rapport mondial 2016 sur la parité entre hommes et femmes du Forum économique mondial estime même que la parité ne sera pas atteinte avant 2186, tout en rappelant qu’au Canada les hommes gagnent 1,52 $ pour chaque dollar gagné par une Canadienne.

Pour Marilyse Hamelin, cette réalité persistante trouve son origine dans la maternité, les femmes représentent au sein du couple le « parent par défaut ». Ce sont elles qui prennent le long congé parental partageable, aménagent leur horaire pour récupérer l’enfant après la garderie, quittent le travail soudainement lorsqu’il est malade. Sans oublier qu’elles accomplissent encore aujourd’hui 70 % des tâches domestiques, d’après le Conseil du statut de la femme.

Et tant qu’il y aura un déséquilibre dans la parentalité, l’égalité des chances pour les femmes ne sera pas atteinte, croit l’auteure. « Les employeurs présument qu’elles souhaiteront tôt ou tard fonder une famille » et seront plus susceptibles de s’absenter, leur préférant alors un candidat masculin.

Si d’emblée l’auteure se porte à la défense des femmes, c’est « un plaidoyer pour une égalité dans la parentalité » qu’elle propose. « Ce n’est pas un procès des hommes, assure-t-elle. Si ce livre-là fait le procès de quelque chose, c’est du statu quo. […] Ça me fâche, cette idée d’une égalité déjà atteinte, alors qu’on en est loin. Ça nous empêche d’avancer et peut occasionner des reculs si on reste assis sur nos lauriers. »

Stéréotypes

Mme Hamelin fait remarquer dans son livre comment les inégalités entre les sexes, en ce qui a trait aux responsabilités familiales, découlent en fait d’une construction sociale. « Ça se peut-tu que la petite fille ait vu sa mère prendre soin des enfants ? Ça se peut-tu qu’on lui ait donné des poupées et pas à son frère ? Ça se peut-tu que la documentation sur la parentalité s’adresse aux femmes ? »

Certains stéréotypes demeurent, selon elle, comme l’idée que les femmes détiennent « la science infuse sur la parentalité », que c’est inné pour elles de s’occuper des enfants, en raison de leur instinct maternel.

Pourtant, « un homme peut tout aussi bien prendre soin des enfants qu’une femme. La seule différence biologique se situe au niveau de la grossesse et de l’allaitement », écrit-elle.

[Cet essai], ce n’est pas un procès des hommes. Si ce livre-là fait le procès de quelque chose, c’est du statu quo.

 

Ainsi valorisées, les femmes surinvestissent la maternité et s’enferment dans ce rôle de mère au foyer, abandonnant leurs aspirations professionnelles, pense Mme Hamelin. C’est d’ailleurs ce qui l’a fait renoncer à la maternité. Dès les premières pages, la journaliste explique qu’elle désirait « réaliser tous [ses] projets, [ses] rêves, [ses] ambitions sans risquer de devoir tout abandonner pour [se] mettre sur la voie de garage ».

Ce détail lui a déjà valu quelques commentaires sur les réseaux sociaux, certains estimant qu’elle parlait sans savoir. « Si j’avais des enfants, qu’est-ce qu’on dirait ? Que je suis trop collée au sujet, que je suis émotive, que je prêche pour ma paroisse, que je ne suis pas objective », se défend-elle.

À ses yeux, ces réactions prouvent à quel point le sujet est abordé de façon essentiellement « intime et privée » au Québec, au lieu d’être traité comme un enjeu social qui concerne l’ensemble de la société.

Le Québec pas à plaindre ?

Bien que critique sur le manque de volonté politique du gouvernement Couillard pour atteindre l’égalité entre les sexes, l’auteure reconnaît que le Québec n’est pas à plaindre et s’avère même en avance sur le reste du Canada.

Le Régime québécois d’assurance parentale (RQAP), programme phare en matière de conciliation famille-travail, est aussi pris en exemple sur tout le continent nord-américain, considéré comme « l’un des meilleurs du monde » par le Center for American Progress.

Instauré par le gouvernement Charest en 2006, le RQAP propose aux femmes un congé de 15 à 18 semaines, de 3 à 5 semaines aux hommes, et de 25 à 32 semaines partageables entre eux.

Selon le Conseil du statut de la femme, 80 % des pères québécois prennent leur congé de paternité de 5 semaines, mais seulement un quart d’entre eux se prévalent d’une partie du congé partageable, le laissant plutôt à la mère. « La politique est là, mais ce n’est pas passé dans la culture populaire. Je serais curieuse de voir le nombre de personnes qui savent que c’est partageable », confie l’auteure.

Le Québec devrait plutôt s’inspirer des pays scandinaves, selon elle, telle l’Islande, qui offre cinq mois de congé à la mère, cinq autres au père, et deux mois partageables. « Voilà une politique publique progressiste visant à favoriser l’égalité des femmes et des hommes en emploi ! Pourquoi un employeur exercerait-il une discrimination contre les femmes à l’embauche puisque les hommes s’absenteront désormais pour une durée à peu près égale ? »

« Je ne prétends pas avoir toutes les solutions. Moi, j’amène quelques pistes. Il faut en apporter d’autres. C’est un travail collectif. » Avec cet essai, Marilyse Hamelin espère générer « une conscientisation » afin que les lecteurs réalisent qu’ils font perdurer ces stéréotypes qui desservent les femmes.

12 commentaires
  • André Mutin - Abonné 22 août 2017 06 h 48

    Ça se peut-tu


    Ça se peut-tu qu'on parle français ?

    • Stéphane Laporte - Abonné 22 août 2017 15 h 44

      Je ne comprends pas ce commentaire.

  • André Mutin - Abonné 22 août 2017 08 h 19

    instinct maternel ?


    Tout le monde sait bien que de tous les mammifères il n'y a que les animaux qui ont l'instinct maternel.

    Que les deux conjoints aient le même nombre de jours de congé est une bonne idée, avec l'obligation de les prendre bien entendu.

  • Jean Richard - Abonné 22 août 2017 10 h 13

    L'inusable féminisme usé

    À l'école il y a quelques années, on apprenait dès le début du secondaire que si A+B=C, A ne peut pas égaler C par plus que B. Or, le discours usé des féministes du siècle dernier fait fi de ces notions élémentaires de mathématique. On sait que A+B=C mais on voudrait qu'en même temps, A=C et B=C. Autrement dit, on voudrait masquer des éléments de l'équation tout en arrivant au même résultat.

    Le féminisme en son temps n'a pas été inutile, on en convient tous. Mais ses dérapages ne l'ont pas toujours servi. Ses mathématiques sont boiteuses. On a parfois l'Impression que l'égalité des sexes n'est affaire que de revenus ou de réussite professionnelle, comme si dans la vie, il n'y avait que le travail. On passe évidemment sous silence le fait qu'aucun syndicat ne va permettre des salaires différents selon le sexe. Quelle est la proportion des travailleurs syndiqués (ou protégés par un décret) ? Elle n'est sûrement pas négligeable.

    On parle de parentalité : pourtant, là où il y a des enfants, il se pourrait que ce soit l'homme qui parte perdant, tant sur le plan juridique que social.

    On parle de clichés et pourtant on en crée. Ce cliché de la femme qui va chercher les enfants à la garderie ne tient pas la route. Il y a aussi des garderies à l'école primaire et ce qu'on observe, c'est que plus d'hommes vont y cueillir les enfants que de femmes.

    On pourrait enfin ironiser un peu : le Conseil du statut de la femme existe depuis 1973, soit 44 ans. Or, le poste de président, probablement très bien rémunéré, n'a jamais été occupé par un homme. Comment expliquer ça ?

    • Diane Boissinot - Abonnée 22 août 2017 10 h 51

      Monsieur Richard
      Il me semble qu'à lui seul, le fait que les hommes canadiens gagnent 1,52 $ pour chaque dollar gagné par une femme suffit pour démontrer de façon éclatante qu'il n'y a toujours pas égalité des chances entre les deux groupes. C'est faire preuve d'ignorance en matière de mathématique élémentaire que de ne pas en venir à cette conclusion.

    • Serge Lamarche - Abonné 22 août 2017 13 h 46

      Les hommes gagnent peut-être 1,52 fois plus que les femmes mais ils donnent plus d'argent au couple, non? Ils travaillent plus fort, non?
      mon expérience me dit que les femmes sont tout aussi sexistes que les hommes, sinon plus. Elles ne veulent pas l'égalité, elles veulent la supériorité. Elles ont les enfants, elles créent la vie. Les mecs sont tous des minables en comparaison.

  • François Beaulé - Abonné 22 août 2017 11 h 45

    L'individualisme stérilisant d'un certain féminisme

    La dévalorisation de la maternité à laquelle participe l'auteure est anti-social. Elle contribue de façon majeure à la dénatalité. Hors cette dénatalité à long terme mène à la disparition de la société. Et quand il n'y aura plus de société, il n'y aura plus de femme. L'égalité se résumera à 0 = 0 .

    Dévalorisation de la maternité et dénatalité sont les causes des problèmes sociaux du Québec moderne. Elles sont elles-mêmes causées par l'individualisme exacerbé. Vieillissement rapide de la population, immigration massive en provenance de pays où la natalité est forte et les inégalités hommes-femmes flagrantes.

    L'auteure confond aussi les inégalités sociales avec les inégalités homme-femme. Ce sont les premières qui se manifestent dans certaines statistiques qui comparent les revenus des femmes à ceux des hommes.

    Si les femmes cessaient complètement d'avoir des enfants, selon le modèle de l'auteure, l'égalité femme-homme serait complète, mais les inégalités sociales se maintiendraient... jusqu'à la disparition totale de la société. Voilà la logique de mort de ce féminisme obsessionnel.

    • Sylvain Auclair - Abonné 22 août 2017 12 h 31

      À bientôt 10 millards d'habitants, la Terre peut bien se permettre un peu de dénatalité, si vous voulez mon avis.

      Et, rassurez-vous, je crois que le principal obstacle à la famille, c'est le manque de confiance en un revenu stable...

    • Serge Lamarche - Abonné 22 août 2017 13 h 48

      Excellente analyse! Très bonnes maths! A+.

    • Marie-Pier Schinck - Abonné 22 août 2017 13 h 56

      Bonjour M. Beaulé,

      J'aimerais tout d'abord vous rappeler le titre du livre, soit: Maternité, la face cachée du sexisme- Plaidoyer pour l'égalité parentale. Il me semble donc évident que ce que l'auteure souhaite promouvoir est l'égalité parentale, dans l'éventualité où un couple choisirait de devenir parent.

      Ensuite, l'auteure n'est pas responsable du statu quo au Québec, elle ne fait que mettre de l'avant les faits qui font partis de notre réalité à tous. Si le déséquilibre dans la parentalité décourage les jeunes femmes qui souhaitent poursuivre une carrière, l'auteure n'en est encore une fois pas responsable.

      À mon humble avis, son intervention peut, contrairement à ce que vous avancez, contribuer à améliorer les choses en poursuivant le débat et par conséquent encourager éventuellement la maternité au Québec.

      De plus, où avez-vous lu que son ''modèle'' est de ''cesser complètement d'avoir des enfants''? L'article mentionne que l'auteure a fait le choix de ne pas en avoir (ce qui est tout à fait légitime, chaque femme est libre de choisir)... Par ailleurs son essai entier porte sur la l'égalité dans la parentalité et non la suppression de celle-ci. Il me semble donc erroné de stipuler qu'elle défendrait un modèle anti-social ou prônerait éventuellement la ''disparition totale de la société''.

      Enfin, le fait que vous caractérisiez les actions d'une femme qui défend l'égalité dans la parentalité de ''féminisme obsessionnel'' ne fait que démontrer une fois de plus la pertinence et la nécessité de l'existence du féminisme dans nos sociétés modernes.

    • François Beaulé - Abonné 22 août 2017 18 h 59

      Les inégalités importantes dans la société actuelle ne sont pas entre les hommes et les femmes mais entre les gens de catégories sociales différentes. Elles sont aussi entre les gens qui élèvent des enfants et ceux qui, comme Marilyse Hamelin, n'ont pas d'enfant.

      L'évolution vers l'égalité des hommes et des femmes dans la parentalité est en grande partie réalisée. Je suis persuadé que les inégalités sociales sont beaucoup plus déterminantes. Je crois aussi que le féminisme est aujourd'hui essentiellement individualiste et libéral.

  • Philippe Hébert - Inscrit 22 août 2017 14 h 46

    Si les deux conjoints ont le même nombre de congé, après on va chialer que la femme a porté le kid pendant 9 mois de grossesse et elle a enduré des contractions pendant des heures et accouché. Son corps a besoin de plus de repos que celui de l'homme.

    J'veux vien croire à l'égalité, mais y'a des limites à ce qu'on puisse faire. Dans pas long elles vont nous demander de se faire transplanter un utérus et de porter la grossesse?

    Pour le reste des points soulevés dans l'article, il est vrai que dans le milieu du travail, il reste énormément à faire pour que la parité soit atteinte, et il est vrai qu'une mère de famille est moins avantagé sur le marché du travail.

    Il est également vrai qu'on "forme" nos filles dès leurs jeunes âge à jouer avec des poupées, et que l'image de la maman qui prend soin des enfants à la maison s'impregne dans la tête de nos filles.

    Ça, c'est un vrai débat de société qu'il faut avoir, ça rentre également dans la même catégorie du pourquoi on habilles nos filles en rose et nos garçons en bleu, pourquoi est-ce qu'on laisse la porte ouverte de la chambre à l'adolescence quand on a une fille, mais qu'on encourage notre garçon de fermer sa porte de chambre lorsqu'il y a un(e) ami(e) de sexe opposé?

    Les questions méritent d'être posées afin de réellement sensibiliser les parents aux choix qu'on force sur nos enfants sans s'en rendre compte nécessairement.