Lettre d’Amérique, Nathalie Sarraute

« Mon cher Chien Loup. Le voyage s’est passé aussi vite psychiquement (et moins crispé) que Paris-Chérence en dormant […] Hier soir, ma 1re conférence en anglais devant un public impressionnant et toute l’élite intellectuelle […] a eu un succès éclatant. » En 1964, Nathalie Sarraute traverse l’Atlantique pour les États-Unis, loin de son mari, Raymond, avocat retenu à Paris. La séparation était chose rare chez eux. Une chance. Elle a fait naître 24 lettres intimes qui, pour une rare fois, dévoilent cette théoricienne majeure de l’écriture romanesque, cette plume singulière, sous un angle inédit. La figure forte du nouveau roman s’y raconte dans l’ordinaire de ses observations du quotidien, de ses réflexions sur le mouvement des droits civiques, sur la guerre du Vietnam avec un style parfois télégraphique et un ton étrangement plaisantin et sarcastique par moments. Femme de lettres, morte en 1999 en laissant derrière elle une oeuvre d’envergure (Le Planétarium, L’ère du soupçon…), Nathalie Sarraute s’est toujours promenée dans l’antichambre de la pensée humaine, pour mieux en saisir les oscillations. Ces lettres sont un peu un vestibule apportant un nouvel éclairage sur la sienne.

Lettres d’Amérique

★★★ 1/2

Nathalie Sarraute Gallimard Paris, 2017, 124 pages