Treize femmes pour inspirer toutes les autres

Chelsea Clinton espère que ces récits vont élargir les horizons des jeunes filles de 5 à 10 ans, à qui le livre, lancé il y a quelques jours aux États-Unis, s’adresse.
Photo: Philomel Books Chelsea Clinton espère que ces récits vont élargir les horizons des jeunes filles de 5 à 10 ans, à qui le livre, lancé il y a quelques jours aux États-Unis, s’adresse.

« Parfois, être une fille, ce n’est pas facile. » Derrière cette affirmation, une voix ascendante de l’Amérique : Chelsea Clinton, fille de Hillary et de Bill, qui, dans un troisième livre en carrière, intitulé She Persisted (Philomel Books) — traduction libre : Elle a persisté —, cherche une fois de plus à changer le cours de tous ces destins féminins que le monde tout autour, explique-t-elle, tente de contraindre. Elle le fait en dressant le portrait de 13 femmes inspirantes, selon elle, pour « n’avoir jamais accepté un non comme réponse » et espère par le fait même que ces récits vont élargir les horizons des jeunes filles de 5 à 10 ans, à qui le livre, lancé il y a quelques jours aux États-Unis, s’adresse.

« La vie ne se résume pas seulement à ce qui vous arrive, mais aussi à ce que vous faites pour que cela vous arrive, a expliqué l’auteure, vice-présidente de la Fondation Clinton et fidèle complice de sa mère Hillary lors de la dernière campagne présidentielle américaine, dans les pages du magazine Vogue. Je voulais raconter la vie de femmes qui, à leur manière, dans leur domaine respectif, ont été des activistes. Il est difficile pour la plupart d’entre nous d’imaginer ce que l’on ne peut pas voir. Avec She Persisted, j’espère ainsi combler ce vide dans l’imaginaire des jeunes lectrices, en leur montrant ce qu’il est possible de faire, peu importe leurs rêves. »

Hillary Clinton ne fait pas l’objet d’un des portraits qui composent cette courtepointe dédiée à l’affirmation sociale et professionnelle de 13 femmes. Mais la politicienne, qui n’a pas atteint la Maison-Blanche en novembre dernier, y fait toutefois une apparition subtile, en étant facilement reconnaissable dans son tailleur rouge, au coeur d’un élément du décor des premières pages du bouquin qui s’ouvre sur le destin atypique et déterminé de Harriet Tubman. Rappel des faits : cette esclave en résistance contre sa condition est devenue la figure emblématique du Chemin de fer clandestin (Underground Railroad), réseau d’émancipation d’esclaves des États du Sud vers ceux du Nord entre 1830 et 1860. On l’a surnommé la « Moïse noire ». Une des lignes de ce réseau, la ligne Champlain, a d’ailleurs conduit plusieurs de ces esclaves vers la liberté à… Montréal. Le court texte du livre, qui résume la vie de cette femme d’exception en 50 mots, n’en fait toutefois pas mention.

Sous les illustrations d’Alexandra Boiger, Chelsea Clinton redonne vie à la journaliste Nellie Bly, « devenue reporter en partie parce qu’un homme lui avait dit qu’une femme au travail était une monstruosité », tout comme à Virginia Apgar, cette anesthésiste américaine qui a persisté dans sa quête pour devenir médecin dans un milieu d’hommes qui a tout fait pour l’en dissuader. La danseuse de ballet Maria Tallchief, première Amérindienne à devenir première ballerine, Helen Keller, première femme aveugle et sourde à décrocher un diplôme universitaire, la syndicaliste Clara Lemlich, la sprinteuse Florence Griffith Joyner ou encore l’égérie du petit écran américain Oprah Winfrey, que sa famille destinait à un métier d’aide familiale, font également partie de cette oeuvre qui érige la persévérance en lieu de pouvoir et qui, la semaine dernière, est arrivé au cinquième rang du palmarès des ventes de livre, catégorie « récit », du Washington Post.

She Persisted : le titre de l’album n’est d’ailleurs pas anodin puisqu’il fait référence au geste posé par la politicienne Elizabeth Warren en février dernier en marge d’un débat au Sénat sur la nomination controversée de Jeff Sessions au poste de procureur général des États-Unis par Donald Trump. La sénatrice démocrate avait voulu lire en Chambre un texte de la veuve de Martin Luther King, Coretta Scott King, pour dénoncer l’accession du sénateur de l’Alabama, rattrapé par ses déclarations racistes, à ce prestigieux poste. La majorité républicaine l’en avait empêché, forçant Mme Warren à faire cette lecture en ligne dans une vidéo vue par plus de 5 millions d’internautes. La chose a induit l’apparition en ligne du mot-clic #ShePersisted pour souligner sa détermination à briser le silence qu’on a cherché à lui imposer.

« Un jour, quelqu’un va probablement vous dire non, va vous demander de vous taire et pourrait même vous dire que vos rêves ne sont pas réalisables, expose Chelsea Clinton en guise d’introduction à son livre. Ne les écoutez pas ! »

Hasard des calendriers, le livre de la fille de l’ancien président américain et de l’ex-candidate démocrate à la présidence sort dans les librairies, dans sa version anglaise uniquement pour le moment, un mois à peine après le lancement du livre d’une autre fille de président, Ivanka Trump. Women Who Work : Rewriting the Rules for Succes (Penguin Book) (Femmes au travail : réécrire les règles du succès) — c’est son titre — est un guide de conseils pour concilier travail, famille et vie de femme. Le bouquin, qui n’a pas été traduit en français à ce jour, a été qualifié unanimement à sa sortie de « féminisme de façade » par la critique américaine.

L’exercice littéraire de Mme Clinton, mère de deux enfants, n’est pas sans rappeler celui réalisé en 2011 par l’ex-président américain Barack Obama dans Lettres à mes filles (La Martinière). L’album illustré dressait lui aussi le portrait de 13 figures historiques inspirantes, selon lui. Helen Keller en faisait partie, aux côtés d’Albert Einstein, d’Abraham Lincoln, de Neil Armstrong, de Martin Luther King ou de Sitting Bull. Pour ne citer qu’eux.

1 commentaire
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 1 juillet 2017 09 h 21

    Florence Griffith-Joyner ?

    Voici un extrait de ce que j'ai pu lire sur elle :

    « Les fantastiques performances sur 100 et 200 mètres, toujours inaccessibles de nos jours, ainsi que sa mort prématurée ont alimenté nombre de polémiques concernant le dopage de Florence Griffith-Joyner. Si celle-ci ne fut jamais contrôlée positive (à l'instar des anciens athlètes du bloc soviétique), ses transformations physiques laissent peu de doute. Lorsque Florence Griffith-Joyner se présente aux sélections américaines de 1988, sa morphologie a en effet été totalement changée au profit de sa masse musculaire. De même, ses performances ont connu une progression tout aussi rapide que spectaculaire. En effet, durant la seule saison (1988) elle gagne une demi-seconde sur 100 mètres et 200 mètres. On soupçonne une prise de stéroïdes et d'anabolisants, surtout lors des Jeux de Séoul où Ben Johnson est disqualifié du 100 mètres pour dopage. Institués en 1989, les contrôles inopinés ont peut-être précipité la retraite de Florence Griffith-Joyner, qui déclarait, lors des sélections américaines de 1988 : « Notre but était de prouver que les Américaines pouvaient être largement supérieures aux Allemandes de l'Est ». »

    Je rappelle qu'elle est morte à... 38 ans.