Les pensées salutaires de Renaud Longchamps

L’allusion à l’historique paquebot servira peut-être d’appât, car de naufrage, il est surtout question par la métaphore.
Photo: Pixabay L’allusion à l’historique paquebot servira peut-être d’appât, car de naufrage, il est surtout question par la métaphore.

Après plus de quarante ans d’écriture, Renaud Longchamps (Miguasha) n’a visiblement pas vidé son encrier. Alors que le tome IX (!) de ses Oeuvres complètes est attendu — presque vingt ans après le tome premier (Passions, Trois-Pistoles, 1999) — le poète de la Beauce publie coup sur coup deux recueils. Sa verve est encore riche et volubile, animée des réflexions existentielles qui l’occupent depuis longtemps, avec ce plaisir évident à gratter la matière, à défricher terre et esprit, à jongler avec la philo, la science, le cosmos…

Livre bilingue, Amores/México (ou Amours/Mexico) plonge le lecteur dans une romance parfois trop descriptive et quelque peu surannée. « Je dépose mes lèvres sur tes seins / et tes seins se réveillent / au chant des oiseaux irisés / réunis pour occuper ces monts frémissants ».

Dans ce récit planté, on l’imagine, dans un Mexique charnel et chaud, les clichés du Québécois charmé par le « Sud » peinent à nous faire apprécier l’ensemble des vers. Le rythme y est pourtant, sans rimes, et avec le style propre à l’auteur, porté par la figure de l’antithèse.

Ceux qui aimeraient découvrir Renaud Longchamps avec une de ses nouveautés devraient choisir Quelques réflexions sur le pont du Titanic. L’allusion à l’historique paquebot servira peut-être d’appât, car de naufrage, il est surtout question par la métaphore. « Nous consommons le temps sans jamais pouvoir carburer à l’éternité », écrit le lauréat du prix Émile-Nelligan en… 1988.

C’est la forme empruntée ici par Longchamps qui agira en aimant. Ni vers ni prose, plutôt une série d’énoncés. Numérotés — on en a pour 1176 —, ils sont à lire soit comme des maximes, soit comme de petits traités de philosophie. Les formules imagées ne manquent pas, et même si l’appel à l’antithèse peut sembler abusif, attraper au vol un phrasé incitera à répéter l’exercice mille et une fois.

Réfléchir sur le pont du Titanic, c’est un peu méditer en fin de vie. Dans le langage de Renaud Longchamps, ça se traduit des fois en leçon, des fois en hymne à l’imaginaire. Devant la bêtise humaine, le salut se trouve dans l’art. « Le poème, y lit-on dès l’énoncé 2, soumet la réalité à une déformation cohérente. »

Quelques réflexions sur le pont du Titanic / Amores/México

★★★1/2, Renaud Longchamps, Éditions Trois-Pistoles, Paroisse Notre-Dame-des-Neiges, 2017, 176 pages / ★★1/2, Renaud Longchamps, Écrits des Forges/Mantis Editores, Trois-Rivières et Guadalajara (Mexique), 2017, 134 pages