Discuter des goûts et des couleurs avec Michel Pastoureau

Parmi les invités de marque du festival Metropolis bleu, on note la présence de Michel Pastoureau.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Parmi les invités de marque du festival Metropolis bleu, on note la présence de Michel Pastoureau.

Enfant, déjà, Michel Pastoureau était particulièrement sensible aux couleurs, à leur aspect comme à leur connotation sociale. Il pouvait sentir qu’un blazer marin n’était pas assez foncé pour être chic, par exemple. Et il croit aujourd’hui que son horreur de la couleur violette provient du fait qu’elle habillait alors une voisine de sa grand-mère qui n’était pas gentille avec les enfants… « Ma famille parlait de mes caprices chromatiques », dit en riant l’historien, qui donne cette semaine plusieurs conférences sur l’histoire des couleurs dans le cadre du festival Metropolis bleu. Ce dernier, qui doit son nom à un essai de l’écrivain William H. Gass, On Being Blue, indique d’ailleurs, dans ses objectifs, avoir l’intention de devenir vert…

Des goûts et des couleurs, donc, on peut discuter à l’infini…

En fait, la couleur et la symbolique qui en découle sont des faits de société, dit M. Pastoureau. Ce n’est qu’au Moyen Âge, par exemple, que l’Occident a convenu que le ciel était bleu. « En Afrique noire, jusqu’à des dates récentes, l’essentiel n’était pas de savoir si une couleur était rouge, verte, jaune ou bleue, mais de savoir si elle était sèche ou humide, lisse ou rugueuse, tendre ou dure, sourde ou sonore », écrit-il aussi dans Les couleurs de nos souvenirs, un essai paru au Seuil en 2010.

Maîtriser le rouge

Reste que l’histoire des couleurs est ponctuée de grands moments qui ont changé notre perception.

M. Pastoureau suggère par exemple que c’est depuis l’imprimerie que le noir et le blanc sont perçus comme des opposés, alors que le contraire naturel du blanc serait plutôt le rouge. Le rouge et le noir, pour leur part, étaient associés dans la culture asiatique, et sont arrivés ensemble en Occident sur les plateaux de différents jeux de société. Dans le roman Le rouge et le noir de Stendhal, le rouge représente la carrière militaire tandis que le noir est celle de l’ecclésiastique.

Il reste que le rouge est la première couleur à avoir été maîtrisée par l’homme, comme en témoignent par exemple les peintures rupestres. Associée au sang et au feu, elle représente aujourd’hui en Occident le danger, mais aussi l’amour. Sont venus ensuite le jaune, le noir et le blanc, puis, ultimement, le bleu et le vert. Ce dernier, aujourd’hui perçu comme la couleur de l’espérance et de l’environnement, n’a d’ailleurs été réhabilité que tardivement dans l’imaginaire occidental. Associée autrefois au démon, c’est une couleur plus difficile à fixer. Napoléon, qui adorait le vert, serait mort des vapeurs d’arsenic qui avaient servi à fixer la couleur verte dans sa dernière demeure de Sainte-Hélène.

À Montréal, Michel Pastoureau donnera plusieurs conférences. À l’oratoire Saint-Joseph, il est invité à commenter les couleurs d’un tableau ancien du musée de l’oratoire, La nativité, attribué à Federico Barocci. Au Musée d’art contemporain, il se livrera au même exercice avec une série de tableaux de l’artiste Nadia Myre.

Après avoir écrit successivement sur le bleu, le noir, le vert et le rouge, Michel Pastoureau prépare un dernier tome à cette série, qui portera sur le jaune. Couleur du mensonge et de la trahison, elle habille régulièrement les représentations de Judas et subit, dit-il, la concurrence de l’or, qui lui confisque tous ses attributs positifs.

1 commentaire
  • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 27 avril 2017 08 h 01

    Jaune...


    «Michel Pastoureau prépare un dernier tome à cette série, qui portera sur le jaune. Couleur du mensonge et de la trahison, elle habille régulièrement les représentations de Judas et subit, dit-il, la concurrence de l’or, qui lui confisque tous ses attributs positifs.» (C. Montpetit)

    J'ai lu avec grand intérêt le tome Noir de Michel Pastoureau couleur, entre autres, de la Réforme protestante, du règne de Philippe II d'Espagne (légende noire), de plusieurs ordres religieux catholiques.

    La couleur jaune est très intéressante. C'est la couleur qui, unit au vert côté à côté, représente le désordre et la folie (les fous des rois).

    Seul, le jaune représente effectivement par son aspect négatif la trahison et le mensonge mais aussi la chaleur, la cruauté (Japon), la pornographie (Chine) la tromperie, la trahison (étoile jaune) mais aussi l'efficacité.

    Fait cocasse, lorsque le peintre néobrunswickois Christian Nicholson peignit le portrait officiel de Jean Chrétien en 2010, portrait aujourd'hui affiché au Parlement canadien, il choisit comme couleur d'arrière-fond un jaune éclatant!

    http://www.parl.gc.ca/about/house/collections/PMPo