Dans une gauche au charme orwellien

Les auteurs s’inspirent notamment des débats soulevés par l’installation d’éoliennes dans des milieux habités.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Les auteurs s’inspirent notamment des débats soulevés par l’installation d’éoliennes dans des milieux habités.

Le terme « acceptabilité sociale » se rapporte à l’appui populaire accordé ou non à un projet matériel dans un milieu donné. Depuis une dizaine d’années au Québec, il inspire les débats sur nombre de projets, comme celui de l’oléoduc Énergie Est ou celui d’éoliennes en zone habitée. Au lieu du cri égoïste « Pas dans ma cour ! », Pierre Battelier et Marie-Ève Maillé préconisent un discernement nourri de l’expérience acquise par les Premières Nations.

Lui est doctorant en sciences de l’environnement. Elle enseigne à l’UQAM comme spécialiste des impacts sociaux des grands projets. Ils ont écrit l’ouvrage Acceptabilité sociale : sans oui, c’est non pour démystifier, soutiennent-ils, un « jargon [de] technocrates », un « fourre-tout » susceptible de duper la population en la divisant davantage. En Amérique du Nord, la participation autochtone aux luttes écologistes confère à celles-ci une dimension universelle orientée vers le progrès, se réjouissent-ils.

Par l’anthropologie la plus profonde s’enracinent ainsi dans l’histoire du continent des débats qui autrement risquent de dégénérer en palabres pour profiter en fin de compte à l’ordre établi, cher aux tenants d’un prétendu progrès. Les auteurs en sont très conscients, même s’ils ne s’emploient guère à montrer que les contestataires amérindiens imposent leur voix emblématique ailleurs que dans les seuls médias.

Ils associent avec raison le militantisme québécois contre le Plan Nord et l’exploitation du gaz de schiste à la récente lutte des Sioux de Standing Rock, aux États-Unis, contre l’oléoduc Dakota Access. Mais on aurait aimé qu’ils se réfèrent à Tristes Tropiques (1955), de Claude Lévi-Strauss. L’intérêt pour les cultures autochtones ne s’y confond pas avec une idéalisation béate de l’« homme naturel ». Il permet de mieux comprendre, comme l’avait fait Jean-Jacques Rousseau, la fragilité de la culture occidentale.

Pourtant, Battelier et Maillé doutent qu’après le référendum positif sur le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne et l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, deux victoires populistes qui les désolent, les bonnes intentions et l’éloquence suffisent. Les progressistes doivent inciter les gens à dépasser le quotidien de la vie privée pour atteindre une vision planétaire des problèmes.

Battelier et Maillé signalent que c’est possible en parodiant la pensée de l’adversaire : « Si vous êtes contre le gaz de schiste, vous êtes en faveur d’une augmentation des tarifs de garderies. » Ou encore : « C’est par solidarité avec des pays en développement qu’il nous faut exploiter les ressources naturelles du Québec, puisqu’on ne peut pas piller celles du Sud tout en gardant les nôtres en réserve pour plus tard. » De la novlangue imaginée par George Orwell, ils ont retenu la puissance destructrice de la satire.

Acceptabilité sociale: sans oui, c’est non

★★★

Pierre Batellier et Marie-Ève Maillé, Écosociété, Montréal, 2017, 304 pages

À voir en vidéo