«À nous la ville!» place la collectivité locale au coeur d’une nouvelle démocratie

L’idée de corriger la mondialisation néolibérale par l’apport de villes orientées vers le progrès écologique et social suscite l’intérêt.
Photo: Getty Images L’idée de corriger la mondialisation néolibérale par l’apport de villes orientées vers le progrès écologique et social suscite l’intérêt.

En 2015, dans sa leçon inaugurale au Collège de France, le spécialiste de l’histoire urbaine Patrick Boucheron ébranle le milieu intellectuel en insistant sur la nécessité « de faire droit aux futurs non advenus, à leurs potentialités inabouties ». Dans À nous la ville !, le Québécois Jonathan Durand Folco se réfère à lui et montre que les villes, « berceaux de la civilisation », pourraient, en reprenant leur pouvoir usurpé par l’État-nation, révolutionner le XXIe siècle.

Jonathan Durand Folco, qui enseigne à l’École d’innovation sociale de l’Université Saint-Paul d’Ottawa, estime que les progressistes doivent compter sur l’accélération historique de l’urbanisation et de la métropolisation pour changer le monde. Il rappelle qu’au Québec, pas moins de quatre millions de personnes peuplent la grande région de Montréal. Selon lui, devant l’impuissance de l’État-nation à s’imposer pour humaniser la mondialisation, les villes auront à jouer ce rôle en se repolitisant à la lumière de leur passé.

L’idée de corriger la mondialisation néolibérale par l’apport de villes orientées vers le progrès écologique et social suscite l’intérêt. Mieux que le vaste État-nation, alourdi par une bureaucratie qui l’éloigne des problèmes immédiats, une communauté plus circonscrite par la géographie, et donc plus en mesure de profiter de la diversité citoyenne, ne pourra-t-elle pas rayonner dans la société planétaire ?

L’essayiste fait de cette séduisante hypothèse une conviction contagieuse en se montrant fidèle aux penseurs de l’écologisme libertaire, l’Américain Murray Bookchin (1921-2006) et le Français André Gorz (1923-2007). L’inspirent l’antique cité athénienne, les communes médiévales, en particulier les villes italiennes du XIIe au XIVe siècle qu’a redécouvertes Boucheron, la Commune de Paris (1871) et le Front d’action politique (FRAP), parti municipal progressiste du Montréal de 1970.

Du dernier exemple, cette fois si montréalais, Durand Folco promet une réactualisation en tenant compte des changements survenus depuis plus de quatre décennies au Québec et ailleurs dans le monde. À la fin de son livre, il fait sien le manifeste du Réseau d’action municipale, mouvement politique fondé l’an dernier à Montréal et rompu au municipalisme qui, présent aussi bien à Barcelone qu’à Madrid depuis 2015, conçoit la ville comme « un lieu privilégié » pour expérimenter la « démocratie participative ».

On regrette toutefois que tant d’intelligence, que tant espoir ne poussent pas Durand Folco à se référer à Jane Jacobs (1916-2006), philosophe nord-américaine de l’urbanisme qui, dans The Question of Separatism (1980), montre que, comme Toronto est devenue la métropole du Canada, la seule logique socio-économique commande pour le rayonnement de Montréal l’accession du Québec à l’indépendance. Cela se ferait moins par la volonté d’une nation que par la vitalité d’une ville.

À nous la ville! Traité de municipalisme

★★★

Jonathan Durand Folco, Écosociété, Montréal, 2017, 200 pages