Auditions, Claude Gingras

Entre Miles Davis et lui, c’est l’histoire récurrente d’une non-entrevue. Jacques Brel lui a dit ne pas être amusé par le fait qu’Yves Montand chantait ses chansons, Arthur Rubinstein lui a confié ne jamais travailler le piano et Aznavour lui a parlé de l’intimité qui peut s’installer dans une grande salle de 3000 places pleine, plus que dans une petite salle à moitié vide. En 60 ans de carrière au quotidien La Presse, le chroniqueur culturel Claude Gingras en a croisé, des vedettes : des blasées, des authentiques, des simples, des étoiles montantes et d’autres pas encore formées, comme Nana Mouskouri, dont il fait la connaissance en 1965 alors qu’elle n’est pas encore connue. Et c’est ce passé composé de très grands qu’il relate, avec une plume efficace, dans Auditions, assemblage de souvenirs et d’anecdotes sur ses rencontres avec une colonie artistique à la diversité étourdissante et au caractère suranné parfois amusant. La galerie de portraits réunit Tino Rossi, Marcel Marceau, Jerry Lewis pas très loin de Kent Nagano, Michel Tremblay et Gilles Vigneault. Hommage ? Testament journalistique ? Exercice de mémoire ? Le bouquin est tout ça à la fois, et son intérêt se trouve dans celui plutôt variable que l’on peut encore porter à plusieurs composantes de son étonnante brochette d’invités.

Auditions. J’ai rencontré les plus grands

★★★ 1/2

Claude Gingras, Éditions La Presse, Montréal, 2017, 222 pages