Amour, quand tu nous tiens

On en sort en surface, mais au fond, l’héroïne d’aujourd’hui, fragile, rêve toujours du grand amour.
Photo: iStock On en sort en surface, mais au fond, l’héroïne d’aujourd’hui, fragile, rêve toujours du grand amour.

Elles sont trois jeunes filles en apparence très différentes, vivant dans des univers crédibles et distincts, mais portées par un même désir, celui d’être aimée. Si Le sexy défi de Lou Lafleur, Un hiver dans le coeur et Laura s’inscrivent avec justesse dans leur époque, le personnage féminin reste pour sa part prévisible. Il reste en effet accroché à des valeurs et à des réflexions qui avaient cours dans les romans des années 1980, et même avant.


Dans Le sexy défi de Lou Lafleur, Sarah Lalonde aborde le thème de la première relation sexuelle. Installée devant le Téléjournal, Lou, quinze ans, entend une nouvelle qui lui apprend qu’elle a l’âge moyen pour avoir une première relation. Afin de ne pas faire partie de ces « attardées sexuelles », comme elle le dit, il lui reste exactement 45 jours pour passer à l’acte.

Commence alors une suite d’expériences très explicites. Elle veut « devenir l’agente 007 de la sexualité ». Démystifier tous ses mystères. Et trouver un gars avec qui dire « bye-bye virginité ». Sous des dehors très dégourdis, portée par un langage à la mode — notamment une surabondance d’anglicismes —, Lou est d’abord en quête d’amour.

Son défi n’est effectivement pas très différent du désir amoureux des héroïnes d’hier. On se souviendra de Sarah, héroïne d’Anique Poitras, jeune fille qui découvrait l’amour et terminait sa lancée sur l’union sexuelle. Cassiopée, de Michèle Marineau, anticipait cette première fois qui devait avoir lieu lorsqu’elle se serait faite à l’idée d’être amoureuse.

Lou Lafleur, en apparence sans scrupule, faisant même appel au « Dépuceleur » pour parvenir à ses fins, refuse au bout du compte de faire l’expérience avec quelqu’un qu’elle n’aime pas. Sa conception de l’amour reste très romantique et tombe rapidement dans le cliché : « Peut-on s’attendre à un mariage la semaine prochaine ? Je ris jaune à sa soi-disant blague. Mais au plus profond de moi, j’aimerais hurler : ouiiiiiii ! »

Amour, quand tu ne me tiens plus


Dans Un hiver dans le coeur, Mylène Arpin met en scène Émilie, quinze ans, plutôt tranquille, anonyme et sans grande ambition. Tout le contraire de sa meilleure amie, Myriam, volage, belle comme le jour et à qui tout semble réussir. Mais lorsqu’Émilie trouve l’amour, rien ne va plus pour Myriam. Le thème du suicide prend tout son sens en fin de parcours, mais les préoccupations amoureuses et familiales de l’héroïne supplantent le drame.

Entre les allers-retours d’Émilie chez sa mère, son excitation devant le beau Louis, ses angoisses vis-à-vis de sa future vie sexuelle — ITS, grossesse, les risques sont bien exposés —, l’intensité du drame vécu par Myriam se perd. D’ailleurs, c’est à la suite d’une peine d’amour que Myriam s’enlève la vie.

Éduquer les lectrices, les mettre en garde, reste un discours récurrent. Autant chez Arpin que chez Lalonde, cette première expérience sous-tend le récit, lui donnant des airs de guide visant à découvrir la sexualité, indissociable, bien sûr, de l’amour. Ce qui se voyait déjà dans le roman pour adolescentes à la fin des années 1980.

Fragile adolescente


Chez Louise Turcot, avec Laura, roman plus riche, porté par une écriture profonde, sensible, la donne est différente puisque la sexualité n’y est aucunement abordée. Par contre, le besoin de retrouver le père, d’être quelqu’un à ses yeux, rejoint cette volonté d’être aimée. Puisque c’est ça, principalement, qui motive les héroïnes.

Turcot raconte l’histoire de Laura, treize ans, entourée d’une mère à l’équilibre fragile, de Camille, sa meilleure amie, qui devra déménager, et de son père, un écrivain qu’elle voit rarement. À force d’essais et d’erreurs, de maladresses, de peines, elle parvient à le retrouver, à percer son univers et à y faire sa place. Elle fera par ailleurs la rencontre d’une toute nouvelle petite soeur, pour qui elle se découvrira un solide instinct maternel. Ce roman porte le thème vieux comme le monde de la quête du père, mais aussi et surtout celui du besoin d’amour et de liberté.

Malgré une évolution du genre, un contexte social tout à fait différent, une tendance se dessine toujours. On en sort en surface, mais au fond, l’héroïne d’aujourd’hui, fragile, rêve toujours du grand amour. Moralisateur ? Cliché ? Ce discours perdure dans la littérature pour adolescentes et s’offre encore, et peut-être, comme le seul garde-fou possible dans une société en perte de repères.

Laura

★★★★

Louise Turcot, Québec Amérique, Montréal, 2017, 168 pages. Aussi: «Un hiver dans le coeur», Mylène Arpin, Hurtubise, Montréal, 2017, 168 pages. «Le sexy défi de Lou Lafleur», Sarah Lalonde, Bayard, Montréal, 2017, 216 pages.

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