Le milieu du livre n’est pas du 375e de Montréal

Le milieu du livre québécois a l’impression d’être tenu hors de la fête de la métropole.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Le milieu du livre québécois a l’impression d’être tenu hors de la fête de la métropole.

Ils sont si nombreux, les auteurs qui ont chanté Montréal, qu’on ne saurait tous les nommer. Monique Proulx, ses aurores montréales, sa vision de Jeanne Mance. Gaston Miron, son Plateau Mont-Royal, sa grande Ste Catherine Street qui galope et claque dans les mille et une nuits des néons. Mordecai Richler, la rue Saint-Urbain, l’ancien « ghetto » juif. Gabrielle Roy et lesbonheurs d’occasion de Saint-Henri. Dany Laferrière et le carré Saint-Louis. Michel Tremblay et le Plateau. Marie-Hélène Poitras et le Griffintown. Ce ne sont que quelques-uns dans une liste qui pourrait s’étirer jusqu’à la fin des célébrations du 375e de la métropole. Pourtant, le comité de programmation des activités anniversaires a refusé Montréalis, le projet présenté, et pour une rare fois de façon conjointe, par quelques-unes des associations les plus importantes du milieu du livre.

Après les historiens qui ont vu des dizaines de projets refusés par la programmation du 375e anniversaire de Montréal, le milieu du livre — la plus importante industrie culturelle au Québec — a aussi l’impression d’être tenu hors de la fête. Dans un rare front commun, l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL), le Festival international de la littérature, l’Union des écrivaines et des écrivains québécois, l’Association des distributeurs exclusifs de livres en langue française, l’Association des libraires du Québec, Illustration Québec et le Salon du livre de Montréal avaient pensé quatre parcours littéraires, virtuels et à la fois bien réels, déployés en quatre différents temps, suivant les saisons. Un projet refusé.

« Sophie Imbeault, éditrice au Septentrion et présidente du comité de promotion du livre de l’ANEL, était restée heurtée par l’absence de l’histoire et de la littérature lors du 400e anniversaire de Québec, au profit du divertissement, a expliqué au Devoir Élodie Comtois, nouvelle présidente du comité de promotion. Elle s’est beaucoup mobilisée afin de penser un projet vraiment structurant, avec presque tout le monde, afin qu’on n’oublie ni l’histoire, ni la littérature, ni les livres, ni les auteurs, et pour qu’on puisse passer à travers les oeuvres littéraires qui, au fil du temps, parlent de Montréal. »

Ainsi est né Montréalis, qui « parcourt l’histoire de Montréal à travers ses figures littéraires et ses personnages historiques, déclinés sur quatre saisons. Chaque saison a son thème, son artère », peut-on lire dans la description du projet. L’hiver saupoudrait ses flocons sur « Nous sommes tous des immigrants », proposant une excursion longeant le boulevard Saint-Laurent. Le printemps s’attardait à « La fondation », du Vieux-Port au mont Royal. L’été suivait les cours d’eau, du port au canal de Lachine. L’automne fêtait la rentrée et la saison littéraire, du parc La Fontaine jusqu’au Salon du livre de Montréal, Place Bonaventure. Une place était faite aux livres contemporains et aux styles plus décalés.

Littérature de rue

Les parcours pouvaient se faire suivant une application mobile, et rejoignant des activités culturelles — des associations avec la SAT, BAnQ, la Fonderie Darling ou les maisons de la culture étaient dans les cartons —, s’arrêtant pour des rencontres avec des auteurs, s’entrelaçant avec une mise en valeur des monuments et bâtiments historiques de la métropole. Et l’application aurait pu ensuite resservir et s’améliorer, pour venir gonfler l’offre touristique d’une balade plus culturelle.

« On est tristes de voir que le livre et la littérature ne se réinscriront pas dans l’histoire de Montréal, alors qu’il y aurait eu une belle possibilité, a poursuivi Élodie Comtois, qui oeuvre aussi aux éditions Écosociété. C’est rare, un projet aussi structurant, où tout un milieu veut créer un “momentum” et cherche à mettre en avant la diversité de notre histoire littéraire comme de notre littérature. C’est sûr qu’on se méfie du tout-au-divertissement qui se profile actuellement pour ces célébrations. »

Les activités littéraires qui font partie de la programmation du 375e, comme l’a indiqué la relationniste média pour la Société des célébrations du 375e anniversaire de Montréal, Hélène Turcot, « tournent notamment autour de livres qui sont parus cet automne, dont une édition bande dessinée et une autre, riche en photos, qui proposent le portrait de 60 couples interculturels inspirants. Aussi, un troisième livre sortira en mai, en édition limitée, qui s’appelle 100 % Montréal et qui présente le portrait de 100 Montréalais choisis selon un principe de chaîne humaine… Le premier Montréalais présenté choisit le deuxième, et ainsi de suite jusqu’au centième. » Des initiatives issues des projets d’arrondissement s’ajoutent peut-être à cette programmation.

4 commentaires
  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 3 mars 2017 09 h 09

    Souligner et faire vivre la culture a Montreal,

    c'est trop dur et ca n'interesse surtout pas les clowns paradant avec en tete le maire Coderre et le chevalier Gilbert qui savent que les citoyens ignorent d'ou ils viennent,
    n'ont aucun interet a les sortir de leur sommeil, les font rire et rouler par terre dans
    un vide fédéral et multiculturel.

  • Gilles Théberge - Abonné 3 mars 2017 09 h 55

    C'est sur que quand t'as Rozon et la fille de jean chrétien, parce qu'elle est riche surtout ça vole pas haut...

    Ces festivités qui n'en sont pas réellement sont apparemment un calque sans envergure de l'autre, le 150e du Canada.

    Joie feinte, enthousiasme sur commande...

    Misère!

  • Jeannine I. Delorme - Abonnée 3 mars 2017 11 h 05

    Tristesse

    Doit-on s'étonner ? Montréal baigne dans une culture populaire qui, en plus, n'est pas souvent de bon goût. Combien de fois devra-t-on le répéter ? Le Québec réserve une place négligeable aux arts classiques comme la musique,la littérature et la peinture. Le dire ne suffit plus. Où sont ceux qui auront le courage, la fermeté et le "pouvoir " d'imposer ce qui devrait aller de soi : redonner sa place aux arts et être prêts à les exposer au monde entier !

  • Robert Beauchamp - Abonné 3 mars 2017 13 h 03

    Juste pour rire

    Le bouffon qui n'est pas drôle. Le grand ami de Coderre notre ''joker'' national et commissaire des fêtes n'en a que pour la fête clin clan bling bling. Il n'en n'a que pour les gros rires, les projets en lumière à 40 millions, les histoires, les annonces en anglais ou bilingues, ah! c'est vrai lé tourisses. L'histoire et la culture? C'est pas le bon moment ni l'endroit. Multicultivons-nous à la canadienne. Il faut voir qui compose le comité qui demeure effacé mais qui n'en n'est pas moins efficace provenant du multiculturel canadian., c'est ça qui prime.