Les représentations symboliques du genre autopsiées dans une encyclopédie critique

En 66 entrées, l’ouvrage se concentre autour de trois axes: le corps, la sexualité et les rapports sociaux.
Photo: iStock En 66 entrées, l’ouvrage se concentre autour de trois axes: le corps, la sexualité et les rapports sociaux.

En posant le genre comme le résultat d’un travail de construction sociale, incorporé par chacun d’entre nous à partir d’un appareil de normes diffusées par les institutions autant que par les discours, l’Encyclopédie critique du genre (La Découverte) arrive à point nommé pour dresser l’état des connaissances actuelles.

En 66 entrées, l’ouvrage se concentre autour de trois axes : le corps, la sexualité et les rapports sociaux. Le corps : parce que c’est lui qui est marqué et qui est sommé de performer le genre, à le produire. La sexualité, parce qu’il s’agit de la scène où se noue le pacte bicatégorique, fondé sur l’hétérosexualité, dictant à chacun les partitions à suivre. Les rapports sociaux enfin, parce que les institutions de la vie sociale à travers lesquelles nous interagissons tous et toutes sont forgées pour soutenir l’édifice du genre, assurer sa pérennité ; ils constituent le décor autant qu’ils mettent en scène les rôles que nous campons.


Ce n’est pas un hasard si nous rencontrons ce lexique dramaturgique, emprunté à l’École de Chicago, dans plus d’une contribution. Il est particulièrement utile pour suggérer la dimension construite, jouée, performée du genre, voire se dessaisir des conceptions naturalistes qui, « en matière de conduites corporelles […] sont particulièrement tenaces ». Plusieurs entrées (« incorporation », « taille », « voix ») font le point sur les mécanismes qui président à la production constante de la différenciation.

Deleuze disait de la théorie qu’elle était une boîte à outils. Même si le genre n’est pas une théorie, mais bien un concept, en voilà une belle, boîte à outils, pour comprendre la dynamique des rapports sociaux de sexe ainsi que l’effet des représentations symboliques que les sociétés se font du masculin et du féminin. Aussi cette encyclopédie fera-t-elle référence, d’autant qu’elle est richement dotée en sources bibliographiques.

Le champ couvert est large, de la sociologie — sa discipline maîtresse — à l’anthropologie, en passant par l’histoire, l’économie, la biologie. Parmi les entrées les plus instructives, notons certainement « inné/acquis », puis « mâle/femelle ». On y apprend que rien n’est totalement commun à toutes les femmes et exclusif à elles (idem pour les hommes), et qu’il y a plus de commun que de différent entre ceux-là. Citons encore « beauté », « désir(s) », « nation », « prostitution ». Tout est intéressant et la lecture encyclopédique, en s’arrêtant sur certaines rubriques et en en escamotant d’autres, finit par devenir une lecture en continu.

Seule déception : l’absence d’entrée sur la littérature, à côté de celles sur les arts visuels, la culture populaire et la danse. Mais on comprend que l’orchestration d’un tel ouvrage exige de faire des choix.

Après la publication de cette encyclopédie, ceux qui s’opposent à la « théorie du genre » tout en ignorant de quoi il en retourne seront assimilables aux créationnistes et autres détracteurs de Galilée. Et pourtant, elle tourne !

Corps, sexualité, rapports sociaux. Encyclopédie critique du genre

★★★★

Sous la direction de Juliette Rennes, La Découverte, Paris, 2016, 752 pages