Un retour décevant de la tribu Malaussène

L'auteur Daniel Pennac
Photo: Diarmid Courreges Agence France-Presse L'auteur Daniel Pennac

Tout le monde était au courant. Jérémy savait. Julie. Gervaise. Le Petit. Maracuja. Théo. C’Est Un Ange, aussi. Tout le monde savait, sauf Benjamin Malaussène, retiré dans le Vercors, captivé par les démêlés de son écrivain de voisin avec les siens qu’il malmène dans ses romans de « vraies vérités », alors qu’à Paris, le drame se trame.

Un drame ? Oui, en forme de caricature, s’entend : l’enlèvement de George Lapiétà, consultant pour le consortium LAVA, responsable de la fermeture de filiales du groupe qui a jeté 8300 employés à la rue. Une saloperie du temps présent qui a rapporté 22 807 204 euros à Lapiétà. 22,8 millions, formant un parachute doré versé pour service rendu. Et c’est justement le montant de la rançon que réclament les ravisseurs, enfants, cousins, neveux de Benjamin, sous la supervision d’un dénommé Tuc, pour libérer le bonhomme.

Dans leur manifeste, ils exigent même que l’argent soit remis à un curé, pour les bonnes oeuvres. Ce n’est pas parce qu’on a l’esprit tordu qu’on ne peut pas avoir le coeur à la bonne place.

C’est le roman attendu de ce début d’année. 18 ans après Aux fruits de la passion, 7e épisode de sa saga Malaussène, Daniel Pennac ramène à la vie sa célèbre tribu dans un récit loufoque, poétiquement et socialement chargé, qui fait sourire autant qu’il laisse sur sa faim.

Oui, la plume vive de Pennac est bien là, avec ses phrases en rafales, ses tournures inventives, ces images fortes, ces assemblages singuliers qui laissent le verbe agir comme de fines pointes de sens entrant dans les inconsistances du présent. « Papa devait bosser dans une des tours environnantes. Et pas au sous-sol, aux étages nobles, dans les dividendes », écrit-il.

Dans cette sorte de Vingt ans après, cette suite qu’a donnée Alexandre Dumas à ses Trois Mousquetaires, l’esprit des lieux se remet rapidement en place, la vaste galerie de personnages aussi : Clara, Clarence, Hadouche, Julius le Chien, Louna et les autres qui défilent avec ravissement, mais avec une espièglerie, un humour qui donnent très vite l’impression d’avoir perdu de leur fraîcheur, de leur finesse… « Connaissez-vous un seul adulte, surtout parmi nos politiques, capable de témoigner aujourd’hui d’un tel degré de conscience sociale ? » déclare Malaussène à un journaliste, dans une scène sur l’identité probable des ravisseurs, scène dont la facilité et le caractère convenu peinent à attiser cette nostalgie littéraire qu’un tel retour cherche normalement à titiller.

Au final, Le cas Malaussène, dont la suite est déjà annoncée, devient surtout cet autre cas patent de renaissance, d’inscription d’un succès passé dans un présent, dont on attend forcément beaucoup et qui, faute de ne pas avoir su rester là où il était, laisse la distance et le temps confirmer que les plaisirs lointains sont toujours bien meilleurs dans les souvenirs.

Le cas Malaussène Tome I: Ils m’ont menti

★★ 1/2

Daniel Pennac, Gallimard, Paris, 2017, 306 pages