Prises de bec entre libraires

Fondée en 1930, Librairie Raffin compte trois succursales, dont celles de Place Versailles, qui a frôlé la fermeture en 2015, et de la Plaza St-Hubert.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Fondée en 1930, Librairie Raffin compte trois succursales, dont celles de Place Versailles, qui a frôlé la fermeture en 2015, et de la Plaza St-Hubert.

Craignant pour sa survie, Librairie Raffin s’en remet aux tribunaux pour éviter son expulsion des Galeries Rive Nord de Repentigny et empêcher son remplacement par Renaud-Bray.

Librairie Raffin a déposé le mercredi 4 janvier une demande d’injonction multiple à la Cour supérieure. L’objectif est double : renouveler le bail, qui échoit le 31 janvier, aux Galeries Rive Nord de Repentigny. Et empêcher l’installation d’une nouvelle franchise des librairies Renaud-Bray dans les lieux occupés depuis plus de 40 ans par cette succursale de Raffin. Alors que les demandes d’ordonnance préliminaires ont été refusées le 5 janvier, les démarches se poursuivent. Pendant ce temps, la petite chaîne de trois librairies indépendantes qu’est Raffin estime que sa survie est en jeu.

Après que la succursale de Repentigny de Raffin eut entamé les négociations pour un renouvellement de bail, échu en octobre dernier puis étendu jusqu’au 31 janvier 2017, et pour un agrandissement de ses murs, elle aurait appris, le 15 novembre dernier, que Cominar, gestionnaire des Galeries Rive Nord, mettait « soudainement fin aux discussions de renouvellement du bail et qu’aucun bail ne [serait] convenu avec cette dernière sous prétexte qu’elle n’aurait pas atteint un revenu brut de 2,6 millions de dollars », selon le document juridique déposé par la firme McMillan.

La librairie de 30 000 livres et 18 employés risquait ainsi, à 11 semaines d’avis, de devoir mettre la clé sous la porte.

Le jour même, selon la demande, « Renaud-Bray annonçait l’ouverture d’une succursale aux Galeries Rive Nord ». Raffin estime être doublement victime de stratégie malfaisante. De la part de Cominar, qui ne respecterait pas ses propres clauses de renouvellement automatique de bail et d’exclusivité. Et de la part de Renaud-Bray : la plus grande chaîne de librairies au Québec aurait approché Librairie Raffin en 2015 afin d’évaluer la possibilité de s’en porter acquéreur. Les discussions, ravivées au printemps 2016, auraient entraîné la signature d’une entente de confidentialité, qui serait ici violée, toujours selon Raffin.

Lors de ces discussions, les baux, inventaires, informations financières et plans d’affaires auraient été partagés. Par les informations ainsi obtenues, avance la demanderesse, « Renaud-Bray a appris que la succursale de Repentigny était la plus rentable du réseau et a su exactement quoi faire pour éliminer Librairie Raffin en tant que dernière chaîne indépendante de librairies au Québec ».

Le nerf du scolaire

La fermeture de la succursale de Repentigny serait catastrophique pour Raffin, dont la vente au détail représente plus de 69 % du chiffre d’affaires. Le reste consiste essentiellement en vente aux collectivités — les bibliothèques et les commissions scolaires, qui doivent, selon la loi, acquérir leurs livres dans leur région administrative. La librairie Raffin approvisionne plus d’une trentaine de collectivités, dont la Ville de Repentigny, la commission scolaire des Affluents et la commission scolaire des Samares.

Ces ventes, advenant une fermeture ou un déménagement hors territoire, lui échapperaient. « L’existence et la survie des succursales de la Plaza St-Hubert et de la Place Versailles dépendent de la maison mère de Repentigny », lit-on dans le document juridique.

« Des histoires qui semblent similaires sont arrivées dans le passé à la librairie Tome Un de Lévis et à la librairie Morency de Beauport, a commenté Katherine Fafard, directrice générale l’Association des libraires du Québec, sans compter les librairies indépendantes qui ont vu une librairie de chaîne s’installer juste en face d’elles — Librairie des Galeries de Granby, librairie Carcajou à Rosemère, Librairie des éditions Vaudreuil. »

Fondée en 1930, Librairie Raffin compte trois succursales, dont celles de Place Versailles, qui a frôlé la fermeture en 2015, et de la Plaza St-Hubert. Elle fait partie des dernières chaînes de librairies indépendantes, avec Carcajou et Buropro.

Renaud-Bray est le plus grand réseau de librairies francophones en Amérique du Nord, avec une trentaine de succursales ; elle a acquis le disquaire et libraire Archambault en 2015. Parce que le dossier est en traitement encore, la chaîne a décliné l’offre de le commenter publiquement.

Cominar est propriétaire et gestionnaire de centre commerciaux, dont le Centre Rockland et Place Longueuil, et n’a pas rappelé Le Devoir.

10 commentaires
  • Hélène Gervais - Abonnée 11 janvier 2017 05 h 56

    Même si j'apprécie ...

    les librairies Renaud-Bray, je trouve bien dommage qu'elles veuillent ainsi tout avaler. La survie des petites châines indépendantes est aussi très importante je trouve.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 11 janvier 2017 13 h 59

      J'appreciais R-B,termné d'encourager des ogres,lui et bien d'autres.

  • Gaston Bourdages - Abonné 11 janvier 2017 07 h 21

    L'actuel patron de Renaud-Bray n'a-t-il pas...

    ...dit un jour «qu'il n'y avait pour lui aucune différence entre vendre des souliers et des livres» ? Écrivain ou «pousseux de crayon sur la page blanche», selon...je me sens blessé avec une telle vision de la part d'un dirigeant économique. Dirigeant de «grande surface»
    Que je suis sympathique aux gens de chez «Raffin» et me croise les doigts pour voir mon commentaire franchir la frontière de la politique éditoraile du journal.
    Gaston Bourdages,
    Écrivain.

  • Claude Paradis - Abonné 11 janvier 2017 08 h 01

    Renaud Bray continue de ravager la concurrence

    Renaud Bray, avec la connivence des Galeries Rive Nord de Repentigny, semble disposé à faire subir à la Librairie Raffin ce qu'elle avait fait au début des années 2000, à Lévis. À l'époque, avec la complicité des Galeries Chagnon, Renaud-Bray avait obligé la Librairie Tome Un à se départir de ses avoirs et de mettre fin à ses activités.

  • Michel Sarao - Abonné 11 janvier 2017 08 h 04

    Marchand de bébèlles

    Il vont répondre que c'est la loi du marché. C'est dommage par ce que Renaud-Bray est un vendeur de bébèlles, de jeux de société, de tasses, et ensuite de livres. Ce n'est plus un libraire. J'ai eu l'occasion de faire des achats après Noel chez Librairie Raffin de Repentigny et j'ai été agréablement surpris du service et la compétence de la libraire qui m'a conseillé. Je ne croyais plus que sa existait par ce que chez moi il n'y a que Renaud-Bray. Ma seule raison d'accompagner mon amoureuse au Galeries Rive Nord de Repentigny c'est le Libraire Raffin.

  • Luc Desautels - Abonné 11 janvier 2017 09 h 29

    Reprenez-vous!

    Je suis scandalisé par ce que j’apprends ce matin et je proteste contre les pratiques douteuses de Renaud-Bray pour évincer un concurrent et contre la complaisance dont Cominar et les Galeries Rive Nord font preuve dans ce dossier.

    En tant que client des deux entreprises, je m'attends à ce qu'ils rectifient leur conduite; à défaut de quoi, je magasinerai ailleurs.

    En espérant lire bientôt de bonnes nouvelles au sujet du renouvellement du bail de Raffin.