Celui qui voulait donner une voix aux hommes de son temps

Guy Corneau a fait ses débuts au théâtre avant de devenir psychanalyste, puis d’intervenir au petit écran, aux côtés de Janette Bertrand, dans les années 1980.
Photo: La Presse canadienne / Courtoisie Guy Corneau a fait ses débuts au théâtre avant de devenir psychanalyste, puis d’intervenir au petit écran, aux côtés de Janette Bertrand, dans les années 1980.

Recherché pour ses interventions comme psychanalyste et auteur, reconnu comme dramaturge, jouant à Paris dans sa propre pièce, Guy Corneau était au sommet de sa carrière lorsqu’une cardiomyopathie fulminante l’a terrassé vendredi, à l’âge de 65 ans. Il est mort deux semaines après le décès de sa soeur, la peintre Joanne Corneau.

Guy Corneau avait d’ailleurs fait ses débuts au théâtre avant de devenir psychanalyste, puis d’intervenir au petit écran, aux côtés de Janette Bertrand, dans les années 1980.

Mais c’est son livre Père manquant, fils manqué, traduit en treize langues, qui l’a propulsé sur la scène internationale en tant que psychanalyste. Originaire de Chicoutimi, Corneau a fondé le réseau Hommes Québec, qui a ensuite fait école en France et en Belgique.

Il aborde la vulnérabilité de l'homme en l'expliquant psychologiquement par la relation avec le féminin intérieur, nous amenant à réunifier l'homme en soi et la femme en soi

« Il avait une souffrance d’avoir manqué d’un père au Québec, qui est une société matriarcale, dit son amie et collègue Marie-Lise Labonté. […] Ça l’avait tellement marqué qu’il a eu l’idée de faire des groupes d’hommes à travers le monde, pour qu’ils puissent parler ensemble de leur vécu, avec leur masculinité. »

Des êtres vulnérables


En pleine montée du féminisme, Guy Corneau met en avant l’idée que les hommes ont eux aussi une souffrance, ont eux aussi besoin de parler entre eux avant de faire face au matriarcat. Ce discours est bien accueilli en France, où la société est davantage patriarcale. Les analyses de Guy Corneau rejoignent un grand public et se basent sur son expérience personnelle.

« Il aborde la vulnérabilité de l’homme en l’expliquant psychologiquement par la relation avec le féminin intérieur, nous amenant à réunifier l’homme en soi et la femme en soi », poursuit Mme Labonté.

Vingt-cinq ans après la parution de Père manquant, fils manqué, en 2014, Guy Corneau revient sur la situation des hommes, dans une introduction à la réédition de l’ouvrage.

« Pour résumer, on pourrait dire que les hommes ont besoin d’aide et qu’ils cherchent leur père », écrit-il, faisant référence entre autres à la vulnérabilité des hommes à diverses maladies. Il raconte ensuite l’un des groupes d’hommes qu’il a dirigés dans les années 1980. « À la première question que je jetai sur la table : “Vous sentez-vous homme ?”, pas un seul, pas même les plus âgés ayant vingt ans de vie conjugale et parfois des enfants, n’a répondu positivement ! Parce que justement, le sens d’identité ne correspond pas nécessairement à l’expérience vécue mais beaucoup plus à cette impression intérieure d’avoir ou non une fondation. »

Selon Judith Landry, directrice générale aux éditions de l’Homme, l’éditeur de Guy Corneau au Québec, l’auteur avait pour père spirituel le psychosociologue Jacques Salomé.

C’est parce que ses parents s’y opposaient que Guy Corneau avait abandonné le théâtre dans ses jeunes années, avant d’y revenir récemment. Le psychanalyste a également souffert d’un cancer dont il s’était entièrement remis. Cette rémission avait donné lieu au livre Revivre !.

Récemment, la mort de sa soeur Joanne ainsi que la production de sa pièce, la comédie L’amour dans tous ses états, qui doit reprendre l’affiche le 13 janvier à Paris, lui avaient causé un certain stress, selon son amie Marie-Lise Labonté.

3 commentaires
  • Daniel Lemieux - Inscrit 7 janvier 2017 12 h 12

    Un homme d'exception, qui méritait mieux

    Il y aurait eu plus et surtout mieux à écrire sur cette personnalité hors du commun.

    Ce texte superficiel et bâclé ne rend pas compte des qualités de M. Corneau, évoquées dans les témoignages de personnalités à d'autres médias.

    Le Devoir publie dans sa version imprimée un texte incomplet, qui ne fait aucunement état de ses qualités d'humaniste et de grand communicateur.

    Rien sur son approche sensible du « mieux-vivre », sur sa lutte contre le cancer qui a aidé plus d'une personne à améliorer leur qualité de vie.

    Décevant.

  • Gaston Bourdages - Abonné 8 janvier 2017 05 h 29

    Et si mon humble commentaire pouvait suppléer...

    ....sans prétention, au «texte incomplet», au fait «de ne pas rendre compte des qualités...»
    Je suis une sorte de sous-produit, bénéficiaire du beau de monsieur Corneau et de son inlassable quête.
    La découverte de mon identité masculine, je la dois, en partie, à monsieur Corneau. De «Réseau Hommes Québec» et de la maison AutonHommie à Québec j'ai aussi bénéficié à cette époque où j'étais à la recherche des tenants et aboutissants de mon mal être, de mon mal d'être, mon mal de vivre et mal vivre. Le tout caractérisé par cette très noire période de ma vie.
    À la nouvelle de son décès, ma 1ère réaction, la dérangeante surprise passée, a été de dire dans mon coeur, dans mon esprit et dans mon âme: Merci monsieur Corneau. Oui, merci pour l'immense généreux partage de ces beautés vous habitant. R.I.P.
    Gaston Bourdages,
    Écrivain.

  • Mario Laprise - Abonné 8 janvier 2017 17 h 51

    Oui, une belle personne

    Pour l'avoir transporté de Chicoutimi à Québec avec ma sœur Céline, collègue de CEGEP à travers une belle tempête dans ma Coccinelle, je puis affirmer que Guy Corneau était une belle et bonne personne.
    Plus tard j'ai participé à un groupe Homme-Québec et j'en ai tiré de bonnes et enrichissantes expériences.

    Merci, Guy.

    Bon voyage.