2016, une année faste pour la bande dessinée

Le bédéiste Jean-Paul Eid et le dramaturge Claude Paiement ont décroché le prix de la critique ACBD de la bédé québécoise avec «La femme aux cartes postales».
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le bédéiste Jean-Paul Eid et le dramaturge Claude Paiement ont décroché le prix de la critique ACBD de la bédé québécoise avec «La femme aux cartes postales».

L’année 2016, triste ? Certainement pas pour la bande dessinée francophone, qui a confirmé pour une nouvelle année de suite son dynamisme au rythme de 100 albums publiés chaque semaine dans les derniers mois, indique le rapport annuel sur la production de la bande dessinée de l’Association des critiques et journalistes de bande dessinée (ACBD) rendu public ce lundi. Cela représente une croissance de 1 % comparativement à l’an dernier.

L’univers du phylactère a d’ailleurs pu compter une nouvelle fois sur plusieurs grandes séries patrimoniales pour entretenir ses ventes, dont Lucky Luke et Blake et Mortimer. Le tome vii des nouvelles aventures du cow-boy solitaire, La terre promise (Comics), signé Achdé et Jul, caracole en tête des ventes cette année avec plus de 500 000 exemplaires, soit 100 000 de plus que le 24e chapitre — intitulé Le testament de William S. (Éditions Blake et Mortimer) — du couple de héros mis au monde en 1947 par Edgar P. Jacobs et désormais placé entre les mains d’André Juillard et Yves Sente.

Le tome xix de la série Les Légendaires (Delcourt), le tome vii de Lou ! (Glénat), le tome xxxv de Thorgal (Delcourt) occupent des positions dominantes dans le palmarès des tirages de 2016, autour du tome iii de L’Arabe du futur (Allary Éditions) de Riad Sattouf, roman graphique qui tranche par sa nouveauté, sa contemporanéité et sa singularité. Il s’était vendu à plus de 220 000 exemplaires au moment de fermer les livres sur 2016.

Pas juste pour les enfants

Sans surprise, l’humour reste le genre de prédilection du 9e art, mais il est désormais dépassé par les récits historiques, la science-fiction, le fantastique et les récits policiers, qui ensemble mettent la bande dessinée au diapason avec les intérêts d’un lectorat forcément plus âgé, tout comme d’ailleurs le roman graphique, dont la production en 2016 a connu une croissance de 345 % par rapport à l’an 2000.

Fait intéressant, même si la production de bande dessinée cette année a poursuivi son incursion dans le monde des écrans, avec 80 % des nouveautés offertes désormais en version numérique et 70 % des fonds récents placés dans ces mêmes formats, la bande dessinée ainsi dématérialisée, avec son faible 1 % de parts de marché, « n’arrive pas à convaincre un large public », peut-on lire. Le public préfère encore et toujours appréhender les histoires dessinées et découpées en planches imprimées sur du papier.

Enfin, notons que si le marché de la bande dessinée francophone est nourri par plus de 380 éditeurs, un petit groupe de sept s’est partagé une nouvelle fois pas moins de 50 % des ventes, indique le rapport. Glénat, Delcourt, Dargaud, qui a remis sur le marché cette année l’intégrale des Dingodossiers de Gotlib et Goscinny, et ce, peu avant la mort cette année du célèbre bédéiste, sont dans le lot. Ces maisons se partagent la plus grosse part de la tarte du 9e art avec Dupuis, Soleil, Casterman et Albert-René, éditeur unique de la série Astérix.

Cela n’empêche pas les petits éditeurs de briller toutefois, poursuit le document, qui rappelle que 2016 a aussi été bonne pour deux auteurs d’ici, Jean-Paul Eid et Claude Paiement, qui ont décroché le prix de la critique ACBD de la bédé québécoise avec La femme aux cartes postales (La Pastèque), et pour la maison d’édition Daniel Maghen, qui a décroché le grand prix de l’ACBD avec Les voyages d’Ulysse, signé Emmanuel Lepage et Sophie Michel.