La main invisible, Charles Dionne

La littérature est à tout le monde, mais elle a néanmoins ses exclus. Avec La main invisible, Charles Dionne offre sa voix à un laissé-pour-compte de la poésie, y incarnant un homme ordinaire qui épuise ses jours dans un vide existentiel tourné vers la consommation. Circonscrite à un cubicule au travail et réglée par la domotique à la maison, tout y passe de cette vie aux contours prédéfinis, de l’environnement uniformisé aux relations virtuelles qui mènent irrémédiablement à l’oubli : « si au moins quelque chose arrivait / si au moins un taxi arrivait / mais il est trois heures du matin / mon passage ne draine rien ni personne / et ne laisse aucune trace ». La critique de cette vie terne, horizontale et banale est virulente, mais le ton demeure juste, égal à lui-même. Il faut reconnaître l’audace de la proposition, même si le résultat, senti et honnête, offre une lecture égale à la vie décrite : grise et ennuyeuse.

La main invisible

★★★

Charles Dionne, Le Quartanier, Montréal, 2016, 112 pages