L’atypique bédéiste Alex A.

Les huit tomes de des séries «L’agent Jean» et de «Mini-Jean» d'Alex A. ont été vendus à plus de 600 000 exemplaires
Photo: Groupe Modus Les huit tomes de des séries «L’agent Jean» et de «Mini-Jean» d'Alex A. ont été vendus à plus de 600 000 exemplaires

Avec son bonnet vissé sur la tête, ses grands yeux bleus et son pyjama, Alex A. ressemble à un personnage de bédé. Pas surprenant qu’il obtienne autant de succès auprès de ses nombreux jeunes lecteurs lors de ses apparitions dans les salons du livre ou dans les écoles.

« Les jeunes me voient comme un superhéros. Mon pouvoir, c’est celui de dessiner ! » confie l’auteur autodidacte de 29 ans. « Chaque semaine, je reçois des témoignages de parents d’enfants qui n’aiment pas lire, d’enfants autistes ou souffrant de TDAH. Je viens tout juste de recevoir le message d’une mère me disant qu’elle avait trouvé son fils hyperactif bien tranquille dans sa chambre : il écrivait la suite de Mini-Jean. »

« Beaucoup de mes personnages sont de grands enfants », poursuit Alex A. à propos du succès phénoménal de sa première série, L’agent Jean. « J’aime beaucoup la naïveté des enfants, leur franc-parler. Je ne fais pas de la bédé jeunesse, je fais de la bédé cartoon, avec sérieux ! Mais ça adonne que ce sont les jeunes qui trippent là-dessus. Je pense qu’il y avait un gros trou à combler de ce côté-là, mais depuis cinq ans, presque personne n’a embarqué dans le train jeunesse, à part Freg et Makina avec La bande à Smikee et Sampar avec Guiby. »

Le bédéiste Alex A.

« L’un des éléments expliquant son succès, c’est qu’il a réussi à placer ses livres chez Costco dès le début de la série », avance Sylvain Lemay, professeur titulaire à l’École multidisciplinaire de l’image. « L’agent Jean est arrivé au moment où Croc n’existait plus et que Safarir vivait ses derniers jours. Il s’inscrit dans la prolongation de certaines de ces séries humoristiques. »

Bien qu’il prétende être paresseux, Alex A. parvient tout de même à publier deux albums par année. Éternel insatisfait, il se remet en question après chaque livre publié. « Je ne me trouve pas si bon auteur que ça et je pense que j’ai découvert 10 % de mon potentiel. »

« Marketing ou pas, la qualité doit être présente pour qu’un succès s’inscrive dans la durée. Ça fait cinq ans que le premier tome de L’agent Jean a été publié. Pour que les jeunes en rachètent, il faut quand même que, minimalement, ce soit bien fait. Sinon, le public se lasse. Dans les années 1970, l’éditeur Mondia a essayé de créer un succès avec la série Bojoual. Ça a disparu après trois tomes », rappelle Lemay.

Des couleurs pétaradantes

Après quelque 600 000 exemplaires vendus des huit tomes de L’agent Jean et des Expériences de Mini-Jean, Alex A. est de retour avec le premier des six tomes de l’ambitieuse saga L’Univers est un ninja. Le livre bleu. Campé 600 ans après la guerre des dieux, le récit met en scène le jeune Iyo, l’un des rares survivants de la race des ninjas, qui doit sauver l’Univers. Dès les premières pages, où les couleurs pétaradantes donnent peu de répit pour l’oeil, le jeune lecteur y retrouve ce qu’il aime tant chez Alex A. : humour absurde et références à la culture populaire.

« J’aime les couleurs fortes ; c’est instinctif, explique celui qui jure ne pas être daltonien. C’est peut-être ça qui accroche les jeunes ; on vit dans un monde assez terne. Mon intention pour L’Univers est un ninja, c’était de rendre hommage aux jeux vidéo de mon enfance. Mes influences viennent davantage du jeu vidéo et du dessin animé, où c’est plus coloré que nature, que du livre. »

« Je vois les prénoms et les lettres en couleurs. Mes personnages ont une couleur correspondant à leur personnalité. Dans L’agent Jean, chaque tome avait une couleur dominante. Dans L’Univers est un ninja, c’est poussé au maximum », confie le bédéiste, qui croit être un peu atteint de synesthésie.

Photo: Source Groupe Modus Dans l’univers d’Alex A., ses personnages ont besoin d’une bonne mémoire pour retenir un mot de passe de 78 caractères afin d’entrer dans une base secrète.

Contrairement à L’agent Jean, il n’y aura pas de « saison 2 » pour L’Univers est un ninja. Ne laissant aucune place à l’improvisation, Alex A. sait déjà comment se termineront les aventures d’Iyo. « Avec cette saga, je mets toutes les bases de ma mythologie, qui va régir tout mon univers bédé, y compris L’agent Jean. Vers 19 ou 20 ans, j’ai créé ma propre planète et mon avatar bédé, qui fera l’objet d’une série. Cet avatar habite la terre A et L’Univers est un ninja est l’entrée dans cet univers-là. »

S’il est le créateur de l’univers du grand A, Alex A., né Alexandre Couture, ne se voit pas comme son dieu tout-puissant, mais plutôt comme son serviteur. « Vers 19, 20 ans, une certaine spiritualité est entrée dans mon art. Je me suis mis à travailler à l’envers. Avant, je créais des personnages ; maintenant, je suis à la recherche de mondes qui existent ailleurs et j’essaie de les mettre sur papier. C’est comme si l’univers que je raconte existait quelque part dans le cosmos, comme si je travaillais pour quelque chose d’autre. C’est weird, hein ? »

L’univers d’Alex A. en six absurdités

1- Il place des ampoules électriques, des cônes orange et des dés partout dans ses décors. Dans L’Univers est un ninja, l’usine d’ampoules est au bord de la faillite parce que l’usine de cônes gagne en popularité.

2- La première conscience de l’Univers est un bonhomme avec une énorme tête en forme de cerveau.

3- Ses personnages ont besoin d’une bonne mémoire pour retenir un mot de passe de 78 caractères afin d’entrer dans une base secrète.

4- L’aéronef Cheval d’or de l’agent Jean est équipé à la fine pointe de la technologie : « lance-flamme, radar ultra-sonique, machine à crème glacée ». Rien ne manque !

5- Une chance que l’agent Moignons est là pour rappeler à l’agent Jean de ne pas mettre des explosifs dans ses narines. « Je sais que tu es capable », dit-il.

6- Un jour, l’agent Henri se fait enlever le cerveau, mais il survit. Plus tard, il se fait mettre un cerveau bionique et devient l’être le plus intelligent de la planète.

Bande dessinée jeunesse: des incontournables de 2016

Les autres, Iris, Bayard Canada, 48 pages
Mortelle Adèle, Choubidoulove, Mr Tan et Diane Le Feyer, Globule, 80 pages
Guiby. L’âme noire, Sampar, Éditions Michel Quintin, 116 pages
Victor et Igor. Game On!, Maxim Cyr, Éditions Michel Quintin, 48 pages
Dad. Les nerfs à vif, Nob, Dupuis, 48 pages.
Mission Katy Cosmik, Marsi et Venise, Québec Amérique, 64 pages
Fabien Deglise

L’Univers est un ninja. Le livre bleu

Alex A., Presses Aventure, Montréal, 2016, 126 pages