Commémorations timides pour les 20 ans de la mort de Miron

Gaston Miron en janvier 1994
Photo: Jacques Grenier Le Devoir Gaston Miron en janvier 1994

Une lecture privée de ses poèmes dans un parc, ici, à Montréal, un rassemblement d’amis pour chanter ses mots, là, dans un bar de Saint-Agathe-des-Monts, sa ville natale… Les commémorations pour souligner, en ce 14 décembre, le 20e anniversaire de la mort de Gaston Miron sont en marche, simples et accessibles, à l’image de l’homme, mais loin d’être à la hauteur, pour un 20e du moins, de cette grande voix de la littérature francophone, de ce poète national dont les poèmes ont accompagné, façonné, raconté un pays et une affirmation nationale.

Essoufflement d’une cause dont il a été une eau-forte ? Problème de mémoire collective ? Il faut aller chercher ailleurs, estime son biographe, Pierre Nepveu, qui, en 2011, a signé Gaston Miron. La vie d’un homme (Boréal), une brique de 900 pages sur l’illustre personnage. « Les commémorations sont souvent motivées par la sensation d’un oubli, d’une distance, lance le professeur émérite de littérature à l’Université de Montréal. S’il n’y a pas un tel élan commémoratif, pour ce 20e anniversaire, c’est parce que Gaston Miron continue d’être avec nous. »

Le poète est parti ailleurs, mais dans un paradoxe évident, ce n’était pas pour aller très loin. Dans les manifestations étudiantes de 2012, il était là. Sur scène ou sur fichiers numériques avec les Douze hommes rapaillés, il était toujours là. Même chose pour ces Femmes rapaillées (Mémoire d’encrier) qui, en mars dernier, sous la direction d’Isabelle Duval et Ouanessa Younsi, ont fait revenir l’homme, sans doute pour le faire arriver « à ce qui commence ».

« Miron a une présence durable et lui-même en serait le premier étonné, dit M. Nepveu. Il pensait que son oeuvre était liée à une conjoncture bien particulière, le passage d’un Québec obscur à la Révolution tranquille, à l’affirmation d’un désir de libération. Or, dans un contexte qui a beaucoup évolué, son oeuvre continue de résonner, continue de nous parler. »

L’héritage de Miron dans la culture québécoise est majeur, selon lui. Et elle s’explique en partie par son oeuvre dense qui s’est approprié plusieurs niveaux de la réalité québécoise, linguistique, sociale, politique, culturelle, territoriale, « dans une perspective universelle d’affirmation, dans un élan créateur ». Il ajoute : « Les résonances humanistes et mythiques de ces textes transcendent le contexte immédiat, sans même le nier. »

À 20 ans de sa mort, il est donc toujours possible d’aller y puiser, dit M. Nepveu, pour se désoler, entre autres, d’« un Québec qui, avec la complicité de tout le monde, a laissé se construire un système d’éducation à deux vitesses qui laisse les moins pourvus dans le réseau public et offre des réseaux pour privilégiés aux autres. Dans les années 50, Miron s’est battu pour l’éducation, pour son équité et son accessibilité. Il serait sensible à cette nouvelle réalité. »

À l’heure de la commémoration, c’est le « Miron debout » dont on devrait se souvenir, ajoute le biographe du poète, celui qui invite à refuser « les humiliations et tout ce qui nous diminue, qui nous réduit à un être purement économique ». Se tenir debout au nom de la dignité humaine, se tenir debout comme un être pensant, pour résister à ceux et celles qui méprisent l’intelligence, Miron en était là, il y a 20 ans, avant de fermer la porte sur 68 ans d’une vie passée à mettre sa poésie au service de la compréhension du réel et de ses mutations. « La poésie, pour lui, aidait à penser le monde pour éviter qu’il nous échappe », dit M. Nepveu, une chose dont on a grandement besoin en ce moment, ajoute-t-il.

2 commentaires
  • Jocelyne Lavoie - Abonné 14 décembre 2016 00 h 35

    Article très émouvant

    Fabien Deglise a su trouver le ton juste pour souligner le 20e anniversaire de la mort de Gaston Miron en ce 14 décembre 2016.
    La parole de Pierre Nepveu, son biographe, est tout à fait juste. Miron ne nous a jamais vraiment quitté. Sa poésie transcende la cause de l'indépendance, bien qu'elle y soit étroitement associée. Elle est celle d'un peuple humilié qui a retrouvé sa dignité, elle est celle de la défense de la langue française (toujours d'actualité), elle est celle d'une éducation démocratique et gratuite « à tous les niveaux » proclamait Miron dans une pétition qu'il avait écrit et fait signer par une centaine d'intellectuels québécois (dont Pierre Elliot Trudeau, Fernand Dumont et Gérard Pelletier). Enfin la poésie de Miron est la poésie du territoire qui façonne l'identité humaine: ses Laurentides natales puis Montréal, « grand comme un désordre universel ».

    Et comment ne pas parler de l'amour ? Miron savait en parler comme nul autre ( à part peut-être Leonard Cohen) : la peur de rester un être séparé, la blessure de la séparation, le désir de trouver chez la femme l'amour et la militante réunis, le corps qui souffre et ressent le vide.

    On aurait pu souhaiter un grand événement pour ce 20e. Mais je pense que Miron aurait aimé que ce soit humble, comme ce le sera ce soir sur le Plateau, son quartier d'adoption; et à Sainte-Agathe-des-Monts, sa ville natale. À l'abri des caméras, des discours de politiciens venus récupérer l'événement. Ce soir, les amis, les vrais amis seront là ...

  • Denis Paquette - Abonné 14 décembre 2016 05 h 21

    L'apparition d'un etre possible

    Miron n'a-t-il pas été religieux dans sa jeunesse, n'a-til pas été proche de ce que l'on appelle le pouvoir, il est apparu a la tete d'une intitution particuliere que l'on a nommé l'Hexagone, le dictionnaire parle d'un polygone a six cotés, quel vaste chantier dont Gaston Miron, a hérité et dont il s'est donné corps et âme, n'a-t-il pas passé sa vie a scruter les différents aspects des québecois avec une éloquence, nous devons admettre qu'avec l'homme rapaillé il venait de toucher un aspect important, l'apparition d'un etre possible, qu'avec Hubert Aquin nous commencions a douter, repose en paix mon cher Gaston, tu nous a vraiment donné tout ce que tu pouvais