Prince, le film de sa vie

Prince devant son bolide purple, en 1999
Photo: Gallimard Prince devant son bolide purple, en 1999



C’est le musicien Matthew Robert Fink — Dr Fink pour les intimes — qui raconte l’anecdote : à Orlando, dans les années 1980, les potes de Prince lui proposent d’aller visiter Disneyland. Il leur répond : « Allez-y, vous ! Amusez-vous bien. »« Je le revois encore assis sur le balcon de sa chambre d’hôtel, sa guitare à la main », explique-t-il dans les pages de Prince, 1958-2016 (Gallimard). « À notre retour, il avait écrit When You Were Mine pour le troisième album. »

La vie de Prince Rogers Nelson, alias Prince, parti trop tôt en avril dernier à l’âge de 57 ans, était régie par une seule chose : la musique. Le journaliste britannique Mobeen Azhar, lui, a décidé d’en révéler la dimension filmique avec cette biographie singulière qui raconte le Kid de Minneapolis, His Purple Majesty, par de nombreuses anecdotes livrées au fil des pages par ses amis, ses musiciens, ses proches collaborateurs, qu’Azhar a très bien connus pour avoir été un des premiers journalistes à les faire parler d’un homme qui protégeait jalousement son intimité. La chose s’est jouée dans le cadre du documentaire Hunting for Prince’s Vault, qu’il a réalisé en 2015 pour la BBC. Le bouquin en est une sorte de produit dérivé, de réalité augmentée.

« Ce livre n’est pas une biographie de Prince, ni un ouvrage historique. Il est un recueil de conversations, explique le journaliste en guise d’introduction. Ceux qui l’ont connu m’ont expliqué souvent qu’il vivait sa vie comme si c’était un film. » Les fragments d’existence qu’il rapporte ici en dévoilent ces petites scènes qui ont façonné la grande histoire, scènes que les adorateurs de l’illustre personnage, dans le culte détail, ne devraient pas détester.

« Je n’ai jamais vu quelqu’un capable de tenir un tel rythme de travail, de créativité », expose Alan Leeds, responsable de tournée, en se remémorant l’enregistrement de la chanson Lovesexy au studio de Paisley Park, centre névralgique de l’univers musical de Prince. « Il arrivait le matin, relevait son courrier, parlait business s’il le fallait, puis s’enfermait dans le studio avec des paroles écrites la veille au soir. Vers 17 ou 18 heures, il m’appelait : “Ça te dirait d’écouter un morceau ?” Il montait toujours le son au maximum. Il était impossible de s’entendre ou d’ignorer la musique : on la ressentait jusque dans les tripes. »

Surdoué. Exigeant. Perfectionniste. Visionnaire… Les qualificatifs posés sur Prince de son vivant étaient nombreux, sans réelle possibilité d’en conserver des preuves objectives, l’homme n’ayant jamais accepté que des journalistes enregistrent ses propos. Il est parti enveloppé dans le voile de mystère qu’il avait lui-même imposé à tous. Un mystère qu’éclairent ces petits bouts d’existence, sans toutefois révéler l’entièreté du puzzle.

Prince. 1958-2016

★★★ 1/2

Mobeen Azhar, Gallimard, Paris, 2016, 144 pages