Épopée romanesque dans l’art et la lumière

La facture des Voyages d’Ulysse rend hommage aux peintres classiques.
Photo: Éditions Daniel Maghen La facture des Voyages d’Ulysse rend hommage aux peintres classiques.

Les apparences sont parfois trompeuses. Les voyages d’Ulysse (éditions Daniel Maghen), d’Emmanuel Lepage et Sophie Michel, qui, au début de la semaine, a décroché le Grand Prix de la critique cuvée 2017 de l’Association des journalistes et critiques de bande dessinée (ACBD) — l’équivalent du prix Renaudot appliqué au 9e art —, n’est pas seulement une bande dessinée. C’est aussi une quête initiatique, une épopée romanesque dans le monde de l’art, dans celui de la lumière et surtout dans la mythologie, celle d’Homère et de son Odyssée, qui teinte par sa densité et sa complexité l’ensemble de cette oeuvre.

Le bédéiste, avec la complicité de sa femme au scénario, délaisse ici son ère documentaire (Un printemps à Tchernobyl, Voyage aux îles de la Désolation) pour assembler sur plus de 200 pages un récit à très haute teneur picturale, soigné, à la facture qui rend hommage aux peintres classiques, mais également au poète épique de la Grèce antique, dont l’épopée mythologique cartographie le destin de la jeune Salomé Ziegler, jeune capitaine du navire l’Odysseus.

Nous sommes au XIXe siècle. Elle est troublée par sa vie et son passé. Elle est en errance sur les eaux de la Méditerranée, à la recherche d’une oeuvre du peintre Ammôn Kasacz qu’elle envisage comme la source d’une rédemption et d’apaisement d’un courroux qu’elle a déclenché. Son existence est marquée par ce livre que lui lisait sa mère le soir avant de l’envoyer au lit, un livre, « de l’or », « un livre qui apprend à vivre au présent », lui disait-elle.

La trame narrative est solide. Elle dévoile l’intelligence et la précision de son tissage de manière progressive tout au long d’une lecture qui promène le lecteur entre l’espace et le temps, entre les terres et la mer, en convoquant au passage quelques figures du mythe d’Ulysse — Polyphème, Hadès… — mais également des reproductions du récit d’Homère par des lignes reproduites sur du papier-calque inséré entre certaines planches. Les voyages d’Ulysse reproduit également plusieurs esquisses de l’illustrateur belge René Follet, figure de proue de la bédé d’après-guerre, auquel Emmanuel Lepage avait envie de rendre hommage en puisant dans un carnet d’inédits datant de 1968.

Pour la légèreté, pour la linéarité du propos et pour le coup de crayon facile et prévisible, il faut bien sûr aller ailleurs que dans cet album débordant d’élégance. Plusieurs planches ont été montées au lavis. L’encre de quelques cases a été remplacée par du brou de noix. La lumière y éclaire l’obscurité, la détresse s’y conjugue avec l’espoir dans un ensemble qui avait tout pour être pompeux, mais qui finit surtout par devenir superbe.

Les voyages d’Ulysse

★★★★

Emmanuel Lepage et Sophie Michel, Éditions Daniel Maghen, Paris, 2016, 264 pages