Voyage dans les clichés du líder máximo

Moment de détente en pleine guerre froide. Fidel Castro «réfléchit sans doute aux conséquences de l’embargo américain», écrivent les auteurs.
Photo: Modus Vivendi Moment de détente en pleine guerre froide. Fidel Castro «réfléchit sans doute aux conséquences de l’embargo américain», écrivent les auteurs.

Et si le point de départ du mythe fondé sur la résistance et l’opposition avec le méchant Américain tenait finalement dans cette anecdote ? Le 6 novembre 1940, Fidel Castro prend la plume pour écrire au président Roosevelt. Il n’a que 14 ans et vient de disputer une partie de basketball avec des étudiants américains de passage à Santiago, sa ville, où les cendres du célèbre dictateur cubain décédé vendredi dernier vont être enterrées dimanche, au terme d’une longue semaine d’hommages posthumes.

« Président des États-Unis, écrit-il. Si vous voulez, donnez-moi un billet de dix dollars dans la lettre, parce que je n’ai jamais vu un billet vert américain de dix dollars, et j’aimerais en avoir un. » L’anglais est rudimentaire, le ton est poli — « Merci beaucoup. Au revoir. Votre ami, Fidel Castro » —, mais la requête sera vaine : il ne recevra ni réponse ni billet.

La lettre de l’adolescent rêveur et/ou frondeur, sans doute frustré par le silence du mari d’Eleanor, est reproduite à la page 44 de Fidel Castro. Histoire et images du líder máximo (Modus Vivendi), pavé de 300 clichés qui, de sa naissance en 1926 dans le village de Birán à son retrait progressif de l’actualité politique après une chute remarquée et photographiée à Santa Clara, en 2004, lors d’une cérémonie de remise de diplômes, laisse les images dépasser les mots pour remonter le fil d’une vie et entretenir le mythe du personnage. L’oeuvre franchement hagiographique est signée par Valeria Manferto De Fabianis, directrice éditoriale des éditions White Star, et le journaliste et historien Luciano Garibaldi.

Pas de critique, de côté sombre, pas d’abus, pas de dissidents emprisonnés dans ce bouquin qui carbure plutôt à toutes ces images fortes qui ont accompagné la Révolution cubaine, puis celles qui ont assis la crédibilité d’un pouvoir autoritaire. Fidel y pêche ici le thon en compagnie d’Hemmingway, accueille là chaleureusement Leonid Brejnev ou joue aux échecs avec son petit-fils Lazaro, rencontre le pape, Vladimir Poutine ou Nelson Mandela, dans ce qui finit par devenir un vaste diaporama imprimé témoignant autant de la vie d’une figure de proue d’une idéologie déclinante que d’une partie importante de l’histoire et de la géopolitique contemporaine. Avec toutefois une absence de taille qui brille forcément dans cette traduction en français d’un ouvrage européen pourtant publié à Montréal : pas de photos de Pierre Elliott Trudeau avec Castro, confirmant du coup la perspective limitée de l’ouvrage sur son principal sujet. Dommage.

Fidel Castro. Histoire et images du líder máximo

★★ 1/2

Valeria Manferto De Fabianis et Luciano Garibaldi, Modus Vivendi, Montréal, 2016, 272 pages