Le Buvard volant

Michel Vézina déplore que ce soit à la force seule des bras et de la passion, ainsi que grâce aux réseaux d’amis, que le projet de promouvoir la littérature québécoise en Europe se réalise.
Photo: Annick Sauvé Michel Vézina déplore que ce soit à la force seule des bras et de la passion, ainsi que grâce aux réseaux d’amis, que le projet de promouvoir la littérature québécoise en Europe se réalise.

La librairie roulante Le Buvard, qui sillonne les routes des Cantons-de-l’Est depuis l’été 2015 afin d’amener la littérature québécoise aux lecteurs de villages et municipalités, aura dès janvier une jumelle en Europe.

Les libraires ambulants Michel Vézina et Maxime Nadeau s’envoleront effectivement le 4 janvier pour la Belgique, a appris Le Devoir, afin d’y retrouver un nouveau camion-magasin, quelque 3000 livres expédiés du Québec et qu’ils empaquettent ces jours-ci, et quelques centaines d’autres, rapaillés auprès de la Librairie du Québec à Paris et des éditeurs ayant pied-à-terre dans la Ville lumière. Leur but : promouvoir la littérature québécoise contemporaine « sur le terrain », une jasette à la fois, en campant sur les places des marchés ou en étant reçus par des milieux universitaires.

Sur les 60 jours où on va être en France, on aura 25 jours de vente ; si on vend 100 livres, je peux déjà dire qu’on va partir sur le "party"!

 

C’était le rêve de l’idéateur Michel Vézina, auteur de son état (Pépins de réalité, Tête première) et baroudeur des livres du Québec dès la création du Buvard : passer l’été au Québec et l’hiver dans l’Hexagone, à promouvoir la littérature québécoise, à vendre un livre à la fois, à coup de bagout en partageant ses coups de coeur. Il aura fallu à peine plus d’un an après les premiers kilomètres du Buvard — et après aussi le lancement imprévu de la publibrairie Le Salon à Gould, devenu pied-à-terre de services et arrêt obligatoire pour des livres, de la bière et des rencontres avec des poètes et auteurs — pour que ce fantasmé projet-pilote se réalise.

« Il se passe des choses tellement hot au Québec en littérature contemporaine, on veut que ce soit su », avance Michel Vézina en entrevue téléphonique au Devoir. L’homme déplore par contre que ce soit à la force seule des bras et de la passion, ainsi que grâce aux réseaux d’amis, que le projet se réalise. Il garde une dent contre la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) pour son manque d’implication, de réactivité et de communication, même. « On voulait demander 5000 $ à Sodexport [leur programme d’aide à l’exportation] afin d’avoir 3000 $ au bout du compte pour le transport des livres, indique M. Vézina, sacrant abondamment au fil de l’anecdote. Mais comme c’est compliqué de monter un dossier, on a demandé au responsable de nous dire s’il y avait de l’argent, si on allait perdre notre temps ou non. Ça fait six semaines, on n’a pas encore eu de réponse, aucune communication… Ce n’est quand même pas comme si on demandait 500 000 $ pour ouvrir une librairie ! » s’insurge-t-il.

Le message du Devoir à la SODEC pour obtenir sa version des faits est resté sans réponse lundi.

L’investissement initial de quelque 8000 $ « avant le premier tour de roue du camion en Belgique » est assumé par messieurs Vézina et Nadeau. « On part avec l’argent qui aurait dû servir à payer notre salaire de l’été », précisent les deux larrons.

À librairie spéciale…

Une bonne douzaine d’éditeurs québécois prêtent main-forte au projet en fournissant exceptionnellement leurs livres au prix coûtant. Le Buvard ne craint-il pas des jalousies de la part des librairies qui ne bénéficient pas de tels avantages ? « On a les mêmes conditions que tout le monde pour Le Buvard au Québec et à la Publibrairie. On n’essaie pas de by-passer le marché. Au contraire : on investit de nos poches pour aller promouvoir la littérature québécoise. » Mais les circonstances et conditions inusitées de cette librairie roulante outre-mer demandent des conditions de marché exceptionnelles, croit M. Vézina.

Les livres offerts seront à peu près les mêmes que ceux des tablettes au Buvard-Québec et au Salon, « presque exclusivement québécois ». De l’autre côté de l’Atlantique, Le Buvard ne pourra pas compter autant sur les animations ni, forcément, sur la présence d’auteurs d’ici. « On va proposer des apéros-vente-discussions sur la littérature québécoise contemporaine. » Des arrêts sont déjà prévus à Valenciennes, en coopération avec l’université, puis à Lyon, Valence, Bordeaux, Rennes. « Sur les 60 jours où on va être en France, on aura 25 jours de vente ; si on vend 100 livres, je peux déjà dire qu’on va partir sur le party ! C’est un peu un cirque littéraire qu’on est en train de monter. Et les auteurs qui sont en France en hiver, comme Serge Lamothe et Éric Plamondon, on va les inviter. »

Pendant ces préparatifs, la publibrairie Le Salon à Gould reste ouvert trois soirs semaine jusqu’au 20 décembre.

Tous les renseignements à www.facebook.com/lebuvard