Écrire pour s’expliquer le monde

«Je promets aux lecteurs de ce livre trois rires par page», s’exclame le romancier.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir «Je promets aux lecteurs de ce livre trois rires par page», s’exclame le romancier.

À 74 ans, Michel Tremblay revisite avec son irrésistible sens de l’humour les souvenirs de son enfance. Dans Conversations avec un enfant curieux, composé uniquement de dialogues, on voit, ou plutôt on entend le petit Michel en constante interaction avec son entourage, ne cessant de poser des questions souvent embêtantes, parfois avec une mauvaise foi crasse.

« Après La diaspora des Desrosiers, j’avais envie de me faire du gros fun », lance l’écrivain du Plateau, qui a quitté, comme chaque année, son antre à Key West pour venir rencontrer ses lecteurs au Salon du livre de Montréal.

Il confie avoir passé un moment difficile après avoir mis la dernière main à sa saga plutôt sombre, composée de neuf volets. « J’ai vécu un post-partum à l’été 2015. J’étais soulagé d’avoir terminé, mais je me retrouvais devant rien. Je n’avais pas de projet pour la première fois depuis 30 ans. »

Dans les mois qui ont suivi, le magazine Châtelaine lui a proposé d’écrire un conte de Noël. L’idée ne l’enchantait pas au départ. « Je me suis dit : ah non, pas un autre conte de Noël… J’ai dû en écrire 600 dans ma vie. »

Puis, lors d’une nuit d’insomnie, il a pensé à un texte qui porterait sur la crèche de Noël de sa mère et sur l’enfant Jésus trop gros que sa grand-mère avait acheté. Avant même de l’écrire, il savait que ce serait un texte sous forme de dialogues, sans mise en contexte.

« Je me disais qu’on n’avait pas besoin de savoir si ça se passait dans le salon ou la salle à manger, si ça sentait les cretons, s’il faisait beau dehors… l’important, c’était l’échange qu’on avait, comme au théâtre. » L’auteur d’Un ange cornu avec des ailes de tôle a pris un tel plaisir à écrire La crèche qu’il a continué de transcrire, sans les habiller, des scènes inspirées de son enfance.

Quand l’Église charriait, ma mère s’en rendait compte et elle se rebiffait. Elle ne tolérait pas que le clergé invente des choses pour nous faire peur.


«J’ai toujours voulu comprendre»

Pourquoi, pourquoi, pourquoi ? Tous les enfants passent par une phase comme celle-là. Dans le cas de Michel Tremblay, multipliez au moins par 100. À ses amis, à son père, à sa grand-mère, à sa maîtresse d’école… à sa mère, surtout, à son mentor, le petit Michel qui se mettra à l’écriture à l’âge de 14 ans ne cesse de poser des questions, sans jamais être rassasié. « Je posais des questions non pas pour être fatigant, mais pour comprendre. J’ai toujours voulu comprendre. L’écriture, pour moi, c’est une lettre sans fin que je m’écris à moi-même pour m’expliquer le monde. »

L’opération du Saint-Esprit, le troisième secret de Fatima, l’infaillibilité du pape… Plusieurs discussions dans Conversations avec un enfant curieux tournent autour de la religion et de ses mystères. On ne te demande pas de comprendre mais de croire, répète-t-on à l’enfant de la grosse femme à l’école. Tandis qu’à la maison, sa mère, quoique catholique pratiquante, fait preuve de scepticisme vis-à-vis du clergé. « Quand l’Église charriait, ma mère s’en rendait compte et elle se rebiffait. Elle ne tolérait pas que le clergé invente des choses pour nous faire peur. »

Michel Tremblay, à qui sa mère un jour avait glissé : « Fais semblant que tu les crois, pis pense ce que tu veux de ton côté… », a fini par en prendre son parti. « La religion pose des questions qu’on ne peut pas résoudre. La seule façon de les résoudre, c’est quand on choisit de ne plus croire, parce que ça n’a pas de bon sens. 


«Je suis maintenant complètement apolitique»

Depuis plusieurs années, son incrédulité s’étend aussi au domaine politique. Accablé par les résultats de la récente élection américaine, il affirme qu’il n’en peut plus de se faire mener en bateau par les politiciens, y compris au Québec. « Ce qui m’insulte le plus, c’est qu’ils nous mentent en pleine face. Et ils savent qu’on sait qu’ils nous mentent en pleine face, mais ils continuent quand même. Ce cynisme de la politique me démolit. Je suis maintenant complètement apolitique à cause de ça. »

Sur sa lancée, il s’enflamme. « Ça fait combien de temps, au Québec en particulier, qu’on n’a pas élu un gouvernement pour lui-même ? On élit un gouvernement parce qu’on veut se débarrasser de celui qui était là avant. Il n’y a plus de héros. Quand est-ce qu’est arrivé un grand personnage, avec du charisme, qu’on a voulu suivre ? C’est tellement évident pour tout le monde que ce ne sont plus les gouvernements qui mènent mais les grosses compagnies. »

Il parle de Donald Trump, qui a embauché des lobbyistes afin « qu’ils construisent pour lui son gouvernement ». Puis il s’arrête net. « On est loin de mon livre, là. »

Quoique… il se ravise. « Je trouve que c’est important qu’on rie, ces temps-ci. » Usant de son sens du théâtre et de l’exagération légendaire qu’il dit tenir de sa mère, Michel Tremblay s’exclame, avant d’éclater de son grand rire : « Je promets aux lecteurs de ce livre trois rires par page. »

Trois questions sur l’enfance

À la fin de Conversations avec un enfant curieux, le jeune Michel dit qu’il ne veut pas vieillir, qu’il voudrait rester un enfant toute sa vie... Avez-vous l’impression d’être demeuré un enfant au fond de vous-même?

Michel Tremblay: Non. Même si c’est évident qu’il reste toujours des bribes de l’enfant qu’on a été. Dans ma tête, je suis resté jeune, mais je ne pense pas être resté un enfant. J’ai accumulé trop d’informations. J’ai un ami qui est un ado de 60 ans et ça m’énerve beaucoup. Il faut évoluer, changer, comprendre les choses. Et comprendre, en un sens, ça tue l’enfance.

Le jeune Michel dit qu’il ne veut pas devenir un homme avec des responsabilités, une femme, des enfants.

M.T.: Là où je suis resté un enfant, c’est que je n’ai jamais bu de bière, jamais conduit de voiture… J’ai refusé très jeune toute l’imagerie de l’homme nord-américain parce que, justement, ça impliquait des responsabilités qui me faisaient peur : une femme, des enfants…

Quand vous regardez les enfants d’aujourd’hui, vous les plaignez ou vous les enviez ?

M.T.: Je ne les plains pas. Les enfants que je connais sont élevés de façon pondérée et intelligente. Mais je ne les envie pas non plus, égoïstement : j’ai eu une enfance extraordinaire. Je ne peux pas envier des gens dont je ne sais pas s’ils sont aussi heureux que moi je l’ai été.
2 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 19 novembre 2016 05 h 40

    une famille venait de se vêtir a peu de frais

    monsieur tremblay ,vous me faites comprendre, que si on est le moindrement intelligent,nous arrivons tous a peu pres aux memes reponses, aux memes cul de sac que peut etre les seules choses que l'on a su et pu faire correctement c'est le commerce pas le grand commerce mais le petit commerce a la petite semaine ou ce sont des humains qui s'adressent a d'autres humains, toujours je me souviendrai de ces lundi matin ou un juif arrivait a la maison avec un énorme colis, enveloppé de papier brun et qui, tout a coup, il déballait sur la table de cuisine, on y retrouvait des vêtements pour tout la famille, quand il repartait il avait touver le moyen de tous laisser ou presque a ma mere,bon il savait sans doute que ma mere venait de recevoir son allocation familliale, et qu'il fallait qu"il écoule sa marchandise venu de partout et a des prix uniques, mais il y avait plus que ca,une famille venait dese vêtir a peu de frais

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 20 novembre 2016 12 h 21

    Tremblay ne boit pas de bière

    Pauvre lui, il ne sait pas ce qu'il manque.