Des Book Awards américains au fort parfum de résistance politique

Le comédien américain Larry Wilmore
Photo: Susan Walsh Associated Press Le comédien américain Larry Wilmore

Les ouvrages qui s’intéressent au racisme américain ont été largement récompensés lors de la remise des Book Awards, qui prenait place à New York mercredi. La cérémonie a d’ailleurs d’emblée pris une connotation politique lorsque le maître de cérémonie, le comédien Larry Wilmore, a directement fait référence à l’élection de Donald Trump à la tête du pays. « La présidence de Trump a des effets jusque dans le monde des livres, a ironisé M. Wilmore, dont les propos ont été rapportés par le Publishers WeeklyLes libraires déplacent la Constitution de la catégorie des essais à celle de la fiction… »

C’est Colson Whitehead qui a reçu le prix de la fiction pour son succès de librairie The Underground Railroad, qui porte sur l’histoire de l’esclavage aux États-Unis. Dans son discours d’acceptation, Whitehead a donné ses conseils à l’assemblée : « Soyez prévenants avec tout le monde, faites de l’art et combattez le pouvoir. »

Pour la première fois, un roman graphique a été honoré du prix destiné à la littérature jeunesse. Il s’agit de March : Book 3, de John Lewis, Nate Powell et Andrew Aydin. La trilogie March, cosignée par John Lewis, membre du Congrès américain et militant pour l’avancement des droits des Afro-Américains, raconte l’histoire de la lutte pour les droits civiques aux États-Unis. Présent lors de la remise des prix, M. Lewis a remercié l’un de ses professeurs d’autrefois, qui lui avait conseillé de continuer à lire même s’il s’était vu interdire l’accès à une bibliothèque de l’Alabama parce qu’il était noir.

L’illustrateur de March, Nate Powell, a défié le président désigné Donald Trump de prendre ce livre dans ses « petites mains » et de le serrer sur « son petit coeur ».

Ne jamais perdre espoir

Le prix de poésie a quant à lui été accordé à Daniel Borzutzky, pour son livre The Performance of Becoming Human. M. Borzutzky a terminé son discours en demandant à chacun de « contribuer pour que ce pays demeure sécuritaire pour les sans-papiers, les immigrants et les locuteurs de différentes langues ».

Toujours selon la même orientation, Ibram X. Kendi a reçu le prix de l’essai pour Stamped from the Beginning : The Definitive History of Racist Ideas in America.« Je veux simplement que tout le monde sache que j’ai passé des années à regarder les pires côtés de l’Amérique, son horrible histoire de racisme, mais à la fin, je n’ai jamais perdu espoir. Je n’ai jamais perdu espoir quant au fait que la terreur du racisme se terminerait un jour. Pour chaque idée raciste, il y avait une idée antiraciste. Pour chaque meurtrier de l’esprit, il y avait un sauveteur de l’esprit », a-t-il dit.

Deux des lauréats étaient déjà connus. Le duo Toi Derricotte et Cornelius Eady a reçu le Grand Prix littéraire pour sa contribution à la communauté littéraire américaine par la fondation de Cave Canem, une organisation destinée aux poètes afro-américains. Robert Caro, auteur de la biographie de Robert Moses, The Power Broker, et d’une série de biographies sur l’ancien président des États-Unis Lyndon B. Johnson, a reçu le prix récompensant l’ensemble d’une oeuvre. Enfin, la nouvelle directrice de la Book Awards Foundation, Lisa Lucas, a soulevé l’auditoire en mentionnant qu’elle était la première femme, et la première femme de couleur, à occuper ce poste.

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