Roman québécois - Écrire à tout prix

Continuer est une quasi parfaite mise en abyme. Olivier Duculot, pour son premier roman, prête sa plume à Olivier Duculot, apprenti auteur. Olivier Duculot désire écrire. Ce n'est pas qu'il ait — il est question ici du narrateur, et non de l'auteur — quelque chose à dire qui soit particulièrement urgent ou même présent à son esprit, c'est plutôt le geste qui l'intéresse. Écrire comme on pratique un sport, se contraindre à l'effort afin d'atteindre la fierté de l'accomplissement. Écrire aussi comme on fait une psychothérapie, en parlant de ce qui tourne autour de soi, dans son univers, y réfléchir tout haut et réaliser que des choses doivent être changées, puis parler de ces changements.

Ce roman, d'abord étonnant, puis intrigant, se révèle pourtant décevant. C'est la bifurcation que subit le récit en cours de route qui laisse perplexe. Ce qui s'amorce comme une recherche introspective doublée d'une réflexion sur l'écriture devient un récit rocambolesque, teinté de sensationnalisme. Le récit bascule, en fait, lorsque le narrateur, à la suite d'un accident de la route, perd l'usage de ses jambes et obtient une rente de la SAAQ. Peut-être perd-il ainsi la banalité de sort exploitée jusqu'alors dans son écriture. Peut-être que l'isolation découlant de son état le porte à moins vouloir s'isoler lui-même par l'entremise d'une écriture introspective. Peut-être aussi, s'il écrivait un peu dans l'optique de réfléchir à son existence et d'y apporter quelque changement, se voit-il couper les ailes par le destin passif tout tracé qu'il voit se profiler devant lui. Chose certaine, pour continuer à écrire, il doit chercher ailleurs qu'en lui-même l'inspiration. Sa femme de ménage sera sa muse.

L'auteur voulait-il suggérer qu'en dehors du spectaculaire il n'y a point de salut et qu'à l'instar de ce que croit son héroïne et de ce que véhicule le star-système ambiant, le racolage et le voyeurisme bas de gamme sont la clé du succès? Car comment interpréter autrement cette histoire de star instantanée déchue qui ne vivote plus qu'en astiquant l'appartement d'hommes aisés, de même que leur appareil reproducteur? Car, bien que — et malgré la quête d'inspiration dont se réclame le narrateur — ce soit l'histoire de cette jeune fille qui finit par être le coeur du récit, Duculot a fait preuve de trop de finesse en début de roman pour ne pas nous amener à soupçonner un sens caché à ce revirement narratif. Or trouver lequel peut s'avérer une tâche ardue. Voulait-il suggérer que le geste d'écrire est si noble qu'il excuse tout contenu? Ou encore que le fait de «continuer» à tout prix une entreprise amorcée n'est pas nécessairement la clé de l'accomplissement social et personnel? Qui sait?

Malgré tout, et comme il le laisse d'ailleurs entendre lui-même, l'auteur possède une plume intéressante, constituée d'une syntaxe parfois directe, saccadée, parfois plus complexe quoique toujours vive, nourrie d'un vocabulaire précis et souvent savoureusement ironique. Cela fait en sorte que, même si le récit emprunte en cours de route une voie que le lecteur peut estimer moins originale et captivante, celui-ci sera sans aucun doute porté à continuer sa lecture.